LA CHEVAUCHÉE DE LADY GODIVA

Lady Godiva (990-1067),personnage important du roman national britannique, était membre de la noblesse anglaise du XIe siècle. Bien que faisant partie de l’élite sociale, elle éprouvait de la sympathie pour le petit peuple anglais et c’est à son âme charitable qu’elle doit la légende qui fait sa célébrité outre-Manche.

LE CONTEXTE

Son nom est la forme latinisée du vieil anglais Godifu, qui signifie « don de Dieu ». Les historiens ne savent presque rien de ses premières années et si son souvenir est parvenu jusqu’à nous c’est grâce à la notoriété de son époux Leofric (968-1057), comte de Mercie, l’un des personnages les plus puissants de l’Angleterre du XIe siècle.

Leofric est également connu pour avoir été un bienfaiteur du clergé anglais qui bénéficia de sa prodigalité lors de la construction de nombreux bâtiments religieux, ainsi que le rapporte le chroniqueur bénédictin John de Worchester, qui fut actif entre 1095 et 1140: « Parmi les bienfaits prodigués en cette vie terrestre par lui et son épouse la noble comtesse Godiva qui servait Dieu avec dévouement et qui aimait la Sainte Vierge avec dévotion , fut la construction à leurs frais du monastère de cette ville (Coventry) et de ses dépendances, aux ornements d’une telle richesse que nul autre monastère du royaume d’Angleterre ne pouvait rivaliser avec ses ors et ses pierres précieuses. »

Ces convictions religieuses vinrent cependant sur le tard à Leofric, qui auparavant se comportait en impie et persécutait l’Église.

Toutefois le chroniqueur ne mentionne nulle part la célèbre chevauchée de Lady Godiva qui est censée se dérouler pendant le règne du roi Knut le Grand, c’est à dire entre les années 1016 et 1035. La première mention qui en est faite date du XIIIe siècle, sous la plume de Roger de Wendover (? – 1236), un moine bénédictin de l’abbaye de Saint Alban, dans sa « Chronica Majora ». Cette abbaye se trouvait au carrefour de grandes routes commerciales qui reliaient d’importantes villes. Il est probable que le moine ait eu vent de cette histoire par l’intermédiaire des voyageurs qui se rendaient à Londres.

LA LÉGENDE

Roger de Wendover nous dit que le comte écrasait d’impôts le peuple de Coventry et que, lorsqu’il leva une nouvelle taxe destinée à financer une troupe armée au service du roi Knut le Grand, Lady Godiva le pressa d’alléger le fardeau fiscal qui pesait sur les épaules de ses sujets. Mais en vain. Leofric ignorait les suppliques de son épouse, la réprimandait brutalement, mais Lady Godiva insistait encore et encore, à tel point que le comte finit par céder.

Il céda, oui, mais à une condition ; qu’elle fît une promenade à travers la ville à dos de cheval, et cela… entièrement nue. Il était persuadé que sa pudique épouse refuserait un tel défi. Mais il se trompait lourdement…

Lady Godiva se dévêtit, cacha son corps sous ses longs cheveux blonds et enfourcha son cheval. Et c’est escortée de deux chevaliers qui firent en sorte que les volets des maisons restent clos qu’elle parcourut les rues de la ville. Leofric tint sa promesse et le peuple de Coventry fut exempté de taxe.

Pour Leofric le fait qu’aucun homme n’ait posé les yeux sur le corps dénudé de sa femme tenait du miracle. Peut-être est-ce pour cela qu’il se rapprocha par la suite de la religion et qu’il fonda le monastère bénédictin de Coventry, celui dont parle John de Worcester. Il se fera inhumer aux côtés de son épouse dans ce monastère aujourd’hui disparu.

Au fil des ans de nouvelles versions de la légende se firent jour. La plus célèbre date du XVIIe siècle, c’est celle où intervient le personnage de Peeping Tom, une légende dans la légende en quelque sorte. Dans cette mouture, Lady Godiva demande aux habitants de Coventry de rester chez eux volets clos et de ne pas la regarder passer, afin de sauvegarder sa pudeur. Mais un homme du nom de Thomas ne put se retenir de jeter un œil à sa fenêtre. Selon les versions il fut frappé de cécité ou mourut sur le coup. C’est la raison pour laquelle en anglais moderne voyeur peut se dire Peeping Tom (de peep qui signifie regarder furtivement).

LE POINT DE VUE DES HISTORIENS

De nombreux historiens prétendent que la chevauchée de Lady Godiva est une pure invention. Ils trouvent que l’intervalle de temps entre le moment où cette histoire est censée se dérouler et celui où les premières traces écrites la relatant apparaissent est trop important. Il y a aussi débat sur les motivations de Lady Godiva qui, selon certains, était une femme de pouvoir, grande propriétaire terrienne puisque la ville de Coventry faisait parti de ses avoirs, et donc très riche. Il est même dit qu’elle aurait été en charge des finances du comté et que, par conséquent, c’est elle qui aurait été habilitée à lever des taxes. De plus à cette époque en Angleterre les femmes avaient le droit de divorcer ; elle aurait pu quitter ce mari injuste sans pour autant nuire à son train de vie. Certains historiens pensent donc que, étant donné que c’était une femme très pieuse, sa promenade nue dans les rues Coventry, pour autant qu’elle ait eu lieu, aurait été plutôt une forme de pénitence religieuse.

Mais le mythe d’une Lady Godiva qui prend la défense des opprimés s’inscrivait mieux dans l’air du temps du XIIIe siècle. Une époque où voit le jour un autre justicier légendaire : Robin des Bois.

Groucho Marx

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