LE LOUP-GAROU AU MOYEN ÂGE

L’article qui suit est la traduction (personnelle) de passages de « The Book of Were-Wolves », du prêtre anglican, mythographe et folkloriste britannique Sabine Baring-Gould (1834-1924). Ouvrage paru en 1865.

Le religieux suédois Olaus Magnus (1490-1557) rapporte qu’en Prusse, en Livonie et en Lituanie les habitants sont les victimes de sévères attaques de loups tout au long de l’année. Ces animaux s’en prennent au bétail éparpillé dans les champs et les bois. Mais ceci n’est rien comparé à ce qu’ils doivent endurer de la part des hommes qui se transforment en loups . Dans son ouvrage « Historia de Gentibus Septentrionalis » il raconte:

« La nuit de la Nativité une multitude d’hommes-loups se rassemble en un certain endroit avant de se lancer avec une merveilleuse férocité sur les Hommes et les animaux domestiques. Quand ces créatures repèrent une habitation humaine isolée dans la forêt elles l’assiègent et tentent d’y pénétrer. Si elles arrivent à leurs fins elles dévorent sauvagement tout humain ou animal qu’elles trouvent, puis elles se rendent dans le cellier pour s’abreuver de bière ou d’hydromel, empilant les fûts vides les uns sur les autres montrant ainsi que ce ne sont pas de véritables loups. ». Plus loin il dit aussi : « Entre la Lituanie, la Livonie et le Duché de Courlande se trouve un château en ruine. À cet endroit et en certaines occasions se rassemblent des milliers de loups-garous pour des concours de saut et d’agilité. Ceux qui ne parviennent pas à sauter par-dessus les murs délabrés, ce qui est bien souvent le cas pour les plus gras d’entre-eux, se font massacrer à coups de fléaux par leurs congénères. »

Olaus raconte également l’histoire d’un noble et de sa suite qui voyageaient à travers une épaisse forêt. La nuit venue ils n’avaient trouvé nulle part où loger et étaient tenaillés par la faim. C’est alors que l’un des membres de la suite, à condition que les autres ne racontent pas ce qu’ils allaient voir, proposa d’aller chercher un agneau. Il s’enfonça dans les bois et se changea en loup. Il trouva un troupeau de moutons et s’empara d’un agneau qu’il ramena à ses compagnons en le tenant fermement dans sa gueule. Puis il se retira dans un fourré pour reprendre sa forme humaine. »

L’érudit allemand Caspar Peucer (1525-1602) et l’évêque italien Simone Majoli (1520-1597) relatent les faits suivants qui se produiraient chaque année en Livonie : « À Noël un jeune garçon boiteux va par le pays en appelant les suppôts du diable, qui sont innombrables, pour les convoquer à une sorte de conclave. Celui qui se montre rétif est flagellé jusqu’au sang avec un fouet aux lanières faites de fer. Plusieurs milliers se rassemblent, les silhouettes humaines disparaissent et cette multitude se change en loups. Un chef armé d’un fouet de fer prend alors la tête de cette troupe. Tous sont absolument convaincus qu’ils sont des loups. Ils s’attaquent au bétail mais n’ont pas le pouvoir de tuer un humain. Lorsqu’ils arrivent au bord d’une rivière le chef frappe le courant de son fouet et les eaux s’écartent, offrant un passage à pied sec. Cette métamorphose dure douze jours à l’issue desquels ils reprennent leur forme humaine. Cette superstition est fermement condamnée par l’Église. »

Jean de Nuremberg relate cette curieuse histoire : « Un prêtre qui voyageait en terre étrangère se perdit dans la forêt. Apercevant au loin un feu de camp il s’en approcha et là il vit un loup assis au milieu des flammes. Celui-ci s’adressa à lui d’une voix humaine, lui disant d’être sans crainte car il était de race Ossyrienne. Une malédiction les avait condamnés, lui et sa femme, à passer sous cette apparence sept années à l’issue desquelles ils pourraient reprendre leur forme humaine et rentrer chez eux, à condition qu’ils aient pu rester en vie jusque-là . Il supplia le prêtre de rendre visite à sa femme pour la consoler et lui donner l’extrême-onction. Après quelque hésitation le religieux accepta de le suivre, convaincu que ce loup était effectivement un être humain car il l’avait vu se servir de ses pattes avant comme de mains. Lorsqu’il fut en présence de la femme-louve, celle-ci s’arracha la peau de la tête au nombril, révélant le corps d’une vieille femme. »

Les érudits néerlandais Johann Weyer (1515-1588) et Pieter van Foreest (1521-1597) citent tous deux Guilielmus de Moerbeka (1215-1286) qui affirme qu’un homme de haute lignée était possédé par le malin et que, bien souvent dans l’année, il avait des crises durant lesquelles il était persuadé s’être transformé en loup et qu’il errait dans les bois en quête d’enfants à dévorer. Pieter van Foreest rapporte par ailleurs un cas qu’il a observé de ses propres yeux au milieu du 16ème siècle à Alkmaar. Un paysan de cette ville était frappé de crises de démence à chaque printemps. Il courait jusqu’au cimetière et, de là, se précipitait dans l’église où il sautait par-dessus les bancs, dansait comme un enragé, grimpait le long des murs, retombait sur le sol, sans jamais reprendre haleine. Il tenait à la main un long bâton dont il se servait pour repousser les chiens qui le pourchassaient et le mordaient, si bien que ses cuisses étaient couvertes de cicatrices. Il était pâle et ses yeux étaient enfoncés dans leurs orbites. Pieter van Foreest prétend que cet homme était un lycanthrope mais il ne précise pas si lui-même se pensait métamorphosé en loup.

Le savant allemand Job Fincelius (? – 1582) dans « De Mirabilibus », raconte la triste histoire d’un fermier de Pavie qui, sous l’apparence d’un loup, attaqua et mit en pièces de nombreuses personnes. Après bien des difficultés il fut capturé. Il prétendit que la seule différence entre lui et un vrai loup était que le pelage du loup pousse vers l’extérieur alors que le sien poussait vers l’intérieur de son corps. Afin de vérifier ses dires les magistrats qui le jugeaient, eux-mêmes plus cruels que le plus cruel des loups, lui firent couper jambes et bras. Le pauvre bougre mourut de ses mutilations. Ce récit date de 1541.