Le combat de Seth contre Yam, le fléau des mers – Mythologie Égyptienne

La période d’effondrement de l’âge du bronze, celle des grandes invasions des peuples de la mer, a fait table rase des anciennes civilisations mycénienne, ougaritique, hittite et a même précipité l’Égypte dans une nouvelle période de troubles dont elle ne se relèvera jamais. 

Une légende de la mythologie égyptienne, qui sera composée entre les xiie et xie siècles av. J.-C., illustre ces invasions des peuples de la mer. 

Il n’était pas rare que les récits mythologiques fassent intervenir des déités étrangères au gré des relations entre civilisations. Nous l’avons vu avec les légendes de Cadmos et d’Adonis, cette fois nous allons voir que le traumatisme des invasions des peuples de la mer a pris sa place dans le corpus des mythes égyptiens. 

Le panthéon des dieux était en paix depuis la fin de la guerre pour la succession d’Osiris, Horus son fils avait réussi à remporter la victoire, créant l’unité de l’assemblée divine. Seth, l’assassin d’Osiris, était vaincu et fut chassé dans les terres stériles du désert. La paix et l’harmonie régnaient désormais en terre d’Égypte, mais c’était sans compter la venue d’un nouvel ennemi qui allait perturber la tranquillité du panthéon divin. 

Une nouvelle déité venait de faire son apparition, mais aucun ne la connaissait, elle était étrangère à l’Égypte et ne fut pas engendrée par Râ le démiurge ; aucune statue ne la représentait sur la terre d’Égypte et aucun temple ne lui envoyait les honneurs. Ce nouveau dieu venait d’une terre étrangère, par-delà les flots. 

Les dieux de l’ennéade n’aimaient pas la mer et la redou- taient, mais ils savaient que d’autres dieux vivaient au-delà de cette vaste étendue. L’assemblée divine savait également que la mer était une protection contre les attaques exté- rieures sur le delta, une barrière infranchissable. 

Mais voilà que les embarcations des pêcheurs dispa- raissent, englouties au plus profond des eaux. Plus tard, ce seront les terres qui allaient subir les tourments ; les pillages et la destruction règnent maintenant sur le delta du Nil. Les villages sont attaqués et les bêtes disparaissent. 

Les témoignages des survivants racontent qu’ils ont aperçu des navires à la forme étrange et des embarcations égyptiennes seront envoyées à leur poursuite, mais aucune ne reviendra. Les dieux sont alertés qu’un fléau s’abat sur l’Égypte et vient d’au-delà des mers, que même les croco- diles et les hippopotames se cachent de frayeur face à la nouvelle menace. 

Les tourments de l’Égypte étaient dus à l’arrivée de Yam, qui se faisait appeler le dieu de la mer. L’ennéade envoya Hapy dans le delta afin d’en apprendre plus, mais rapide- ment des vagues submergent le navire égyptien et fracassent sa coque en deux. C’était le dieu Yam qui déchaînait sa fureur sur la barque sacrée d’Hapy. L’inquiétude des dieux grandit, ils ne connaissent pas ce nouvel ennemi et sa puis- sance était considérable. 

Les jours suivants, plusieurs temples sont attaqués et pillés sur le bord du Nil, Yam avait décidé de provoquer directe- ment les dieux d’Égypte en s’appropriant les offrandes qui leur étaient réservées. L’ennéade divine ne savait plus quoi faire, et pendant ce temps le dieu de la mer continuait ses malveillances en kidnappant les jeunes filles qui s’aventu- raient trop près des eaux. 

Les dieux envoient des légions de combattants afin de stopper la fureur de Yam, mais aucune ne réussit à venir à bout du dieu de la mer. L’étranger, constatant la faiblesse des Égyptiens, demande un lourd tribut que l’assemblée divine accepte sans hésitation, mais le dieu de la mer en demandait plus jour après jour et il finit par envahir le delta, rasant les villages les uns après les autres, mettant la terre d’Égypte à feu et à sang. 

Les dieux offrent de plus en plus de présents afin de calmer le dieu de la mer, d’abord du blé et de l’orge puis de l’or et de l’argent et des pierres précieuses; c’est le pharaon en personne qui sera missionné afin d’apporter le tribut. Yam accepte les présents, mais exige également qu’un temple lui soit construit à Héliopolis. Le pharaon refuse dans un premier temps, mais voyant la faiblesse des dieux d’Égypte qui s’étaient soumis à la volonté de Yam, il finit par se pros- terner et accepte l’édification du temple. 

Les travaux sont trop longs aux yeux de l’étranger et ce dernier exige un tribut dix fois supérieur au précédent pour compenser l’attente. Les dieux acceptent, mais Yam ne se calme pas pour autant et continue ses exactions dans le delta. Il exige que les dieux d’Égypte lui offrent des pierres précieuses de la taille d’un œuf de crocodile et que le tribut soit apporté par la fille d’un des dieux de l’ennéade. L’assemblée divine se réunit et décide d’envoyer la jeune Astarté, la fille de Ptah, qui était aussi une divinité étrangère issue du Proche-Orient et qui ne faisait pas partie de l’en- néade. Astarté est terrorisée à l’idée de rencontrer le roi de la mer, elle connaît les histoires que le peuple raconte sur ses méfaits. La jeune déesse finit par accepter, voyant le déses- poir de l’ennéade. Elle sera parée des plus beaux atours et envoyée dans le delta avec une escorte de jeunes filles pour livrer le tribut au dieu de la mer. 

Après un long voyage, elles arrivent sur la côte et se mettent à chanter pour faire venir le dieu de la mer. Yam s’approche des côtes et s’empare rapidement du trésor, mais s’attarde quelques instants sur la belle Astarté. La déesse apostrophe l’étranger, lui demandant de rapidement prendre son butin, mais le dieu de la mer refuse, lui disant qu’un seul butin suffirait, la messagère des dieux, ensuite il n’exigerait plus d’autre tribut, car il serait uni à l’Égypte par le mariage. La belle Astarté rapporte la nouvelle aux dieux qui acceptent rapidement l’alternative; Astarté fut couronnée par Ptah, son père, et rejoignit ainsi l’ennéade divine. 

Yam exigea cependant qu’elle soit parée des plus beaux atours et que la dot soit à la hauteur de sa stature divine. Astarté sera parée des plus beaux vêtements et de nombreux bijoux qui rehaussent sa beauté. La dot sera constituée du trésor qui était déjà prévu comme tribut, mais augmentée d’autres richesses encore plus somptueuses. 

Yam exigea également que plusieurs artéfacts divins fissent partie de la dot, notamment l’anneau de Geb, le collier de perles de Nout, le panier de Rénénoutet. C’était une straté- gie habile de la part du dieu de la mer qui s’appropriait ainsi une part du pouvoir divin des autres déités égyptiennes. Finalement chacun des grands dieux de l’ennéade s’exécuta et offrit une part de son pouvoir au fléau des mers. Astarté s’unit à Yam après la cérémonie de mariage et le couple repartit sur les embruns, laissant le pays d’Égypte en paix. 

La vie reprit son cours et les villages furent reconstruits. Mais l’appétit du dieu de la mer ne s’était pas évanoui, et quelque temps plus tard Yam envoya sa belle épouse afin de réclamer un nouveau tribut, encore plus conséquent, à la terre d’Égypte. 

L’étranger menaçait d’envahir de nouveau le delta et même les terres intérieures si ses exigences n’étaient pas respectées. Les dieux, pris de terreur, cédèrent une nouvelle fois devant les exigences du dieu de la mer, mais le pays devenait de plus en plus pauvre et la famine commençait à sévir dans les terres d’Égypte, la situation ne pouvait plus continuer. Les dieux savaient que la prochaine fois, le dieu de la mer exigerait leurs noms secrets, la source de leurs pouvoirs. La menace de Yam était bien plus terrible que toutes celles déjà rencontrées au cours de l’histoire égyp- tienne depuis la création par le démiurge. Il était temps que cela cesse, sinon l’Égypte allait disparaître sous la coupe de ce dieu étranger. 

Les grands dieux de l’ennéade sont enfin décidés à reprendre les choses en main, ils refusent désormais de livrer le moindre tribut au dieu de la mer et invitent Astarté à ne pas le rejoindre, mais à siéger à l’assemblée divine. Les dieux savaient bien que le refus n’était pas suffisant et qu’il leur faudrait un champion qui puisse s’opposer à la toute- puissance de Yam et protéger la terre d’Égypte. La réflexion fut longue et ce n’est pas sans réticence et après de longues délibérations que l’ennéade décide d’appeler le seul dieu en capacité de combattre Yam. 

Seth, le dieu du désert et l’éternel fauteur de troubles du panthéon égyptien, est sollicité afin de combattre contre le dieu de la mer. C’est avec une certaine ironie que le dieu de l’orage accepte et prend la route du delta afin d’attendre son adversaire. Yam s’approchait des côtes du delta afin d’enva- hir l’Égypte, mais Seth était prêt à le recevoir. À l’approche du fléau des mers, le dieu de l’orage embrase toutes les terres du delta, transformant l’atmosphère en un désert stérile, brûlant et irrespirable. Le combat est titanesque, le lieu de l’affrontement ne sera plus viable dans les années suivantes, il est gorgé de cendres et de sel marin, plus rien ne pousse et plus personne n’y vivra. 

Mais le dieu de la mer sera vaincu et l’Égypte sera sauvée. Seth sera le grand héros de cet épisode mythologique et recevra la belle Astarté en mariage. Yam, quant à lui, ne remit plus jamais les pieds sur l’antique terre des pharaons. 

Les allégories présentées dans la légende sont édifiantes, on pourrait presque suivre la trame des événements histo- riques. L’arrivée du dieu étranger puis le ravage des côtes du delta en adéquation avec les navires des peuples des Shardanes, des Teresh ou des Lukkas ravageant les terres égyptiennes. L’impuissance des dieux égyptiens est une allégorie de l’incapacité du pouvoir politique à gérer la situation face aux raids des marins étrangers. Les tenta- tives de conciliation avec les différents tributs ou rançons que l’on offre aux agresseurs, espérant leur départ définitif. Puis finalement l’arrivée de Seth, le guerrier qui fera face au terrible Yam, une subtile allégorie de l’arrivée au pouvoir du pharaon Ramsès III qui saura repousser et vaincre définiti- vement les envahisseurs. 

Il est intéressant de noter que le dieu Yam apparaît égale- ment dans la mythologie cananéenne et ougaritique, cela peut avoir plusieurs raisons. La première, la plus simple, est que les Égyptiens donnent à la version allégorique du fléau des peuples de la mer le nom d’un dieu étranger, mais qu’ils connaissent. Or, ils sont depuis bien longtemps en relation commerciale avec les cités de Byblos et d’Ougarit. Yam sera donc le dieu de la mer des étrangers sous une forme générique. Une deuxième option semble néanmoins plus pertinente. Yam est le dieu de la mer, un type de culte qui n’apparaît pas dans les cultures des peuples continen- taux. Les Égyptiens et les Assyriens n’ont pas de dieu de la mer, ils possèdent des divinités liées à l’eau, comme Sobek en Égypte ou Enki en Mésopotamie, mais pas de divinité représentant la puissance et la colère de la mer, comme Poséidon chez les Grecs ou le fameux Yam. Il est envisa- geable que le dieu de la mer, fléau des Égyptiens, soit en réalité une divinité exogène à la région. Dans le cycle de Baal, c’est Yam qui doit devenir le dieu suprême tel un conquérant, mais Baal finit par l’emporter; allégorique- ment, Baal le Cananéen devient alors prédominant sur Yam, le marin étranger. Nous retrouverions un syncrétisme entre les croyances endogènes et exogènes du Proche-Orient. 

La déesse Astarté est également une divinité étrangère au panthéon égyptien, cependant l’Égypte ayant dominé le territoire de Canaan pendant plusieurs siècles, il est normal qu’elle se soit approprié les divinités des peuples vassaux. Cela offre également une indication intéressante, Yam ne vient pas du pays d’Astarté. Le mariage de la déesse et du dieu offre en revanche une illustration de la fusion des peuples de la mer avec les peuples cananéens, autrement dit une illustration de l’installation des envahisseurs sur le territoire et la fuite des Égyptiens. 

La victoire finale de Seth traduit plusieurs choses, la déferlante des populations nomades du désert sur le territoire cananéen qui n’est plus protégé par l’Égypte, mais égale- ment la montée au pouvoir du pharaon Ramsès III et sa réorganisation militaire pour faire face aux invasions. 

📚Texte issu de mon livre : Arcana les mystères du monde — les civilisations oubliées📚

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Bibliographie :

• Livre des morts des Anciens Égyptiens

• Erik Hornung, Les dieux de l’Egypte

• Nadine Guilhou, Janice Peyré, La Mythologie égyptienne

• Nouveau dictionnaire de mythologie égyptienne, Isabelle Franco

• Viviane Koenig, Dieux et génies de l’Égypte ancienne