Archives de catégorie : Arts et Fictions

Le Choc des Titans (1981)

Le https://i0.wp.com/2.bp.blogspot.com/-qWt3lzGzZPk/Vrw50eLFjWI/AAAAAAAAPbo/-wuOuTZfbOU/s1600/titans.jpg?resize=236%2C318&ssl=1Choc des Titans (Clash of the Titans) est un péplum britannico-américain de fantasy et de mythologie, réalisé par Desmond Davis et sorti en 1981.

C’est dès 1969 que l’idée de transposer la légende de Persée au cinéma commence à germer, mais la machine ne se met en route que dans le milieu des années 1970. La MGM accorde un budget de superproduction au projet, le plus gros jamais mis à la disposition de Ray Harryhausen, chargé des effets spéciaux. Après un tournage en Méditerranée et aux studios Pinewood à Londres, le Maître-artisan mettra 18 mois à réaliser les séquences d’effets spéciaux, grâce auquel le film acquerra son statut de film culte.

Le film est loin d’être exempt de défauts, mais on se laisse malgré tout emporter par cette aventure épique, dans laquelle nous suivons le jeune Persée, fils de Zeus et d’une mortelle, bien décidé à braver mille dangers pour sauver la belle Andromède d’une terrible malédiction. Il n’hésitera pas à se confronter à des sorcières démoniaques et cannibales, se rendre dans les enfers pour combattre le cerbère et trancher la tête de Méduse afin d’affronter le dernier des Titans, le Kraken.

L’histoire de Persée subit de grandes modifications. Pour mieux pouvoir les appréhender, voici les grandes lignes de la légende :

Un devin annonce à Acrisios, roi d’Argos, que son petit-fils le tuera. Celui-ci enferme sa fille Danaé dans une tour, mais Zeus parvient à séduire la jeune fille qui donne naissance à Persée. Danaé et son fils sont alors jetés à la mer, dans un coffre, par Acrisios, mais sont recueillis par le roi Polydecte sur l’île de Sériphe. Plus tard, Polydecte demande à Persée de lui ramener la tête de Méduse, la gorgone aux cheveux de serpents, dont le regard change aussitôt en pierre quiconque le croise. Pour cette quête, Persée bénéficie de l’aide des Dieux. Après avoir affronté et vaincu les trois Grées (d’horribles sorcières n’ayant qu’un œil pour elles trois), il parvient à décapiter Méduse dans son sommeil. Il se rend compte alors que cette mission n’avait pour but que de l’éloigner afin que Polydecte puisse profiter de Danaé. Persée finit par changer le roi en pierre. Il se rend ensuite dans le royaume de Céphée où la reine Cassiopé s’est attiré la colère des dieux, après avoir déclaré que la beauté de sa fille Andromède était supérieure à celle d’Héra, l’épouse de Zeus. Le courroux divin ne sera apaisé que si Andromède est livrée en pâture à un horrible monstre marin. Au moment du sacrifice, Persée parvient à tuer le monstre et épouse Andromède. Il décide ensuite de retourner sur Argos pour se réconcilier avec son grand-père Acrisios. Mais celui-ci se cache, toujours effrayé par la prophétie. Au cours d’un concours de lancer de disque, c’est bien Persée qui tuera son grand-père, par accident…

Dans le film, il n’est plus question de prophétie annonçant la mort d’Acrisios, bien que Danaé et son fils soient jetés à la mer. La première partie du film met en scène le personnage de Calibos (inspiré par Caliban, de La Tempête de Shakespeare), fils de la déesse Thétis, changé en être hideux par Zeus pour avoir massacré le troupeau divin des chevaux volants. Andromède, qui lui était promise, refuse maintenant de l’épouser. Calibos exige alors que les nouveaux prétendants répondent à une énigme de son invention s’ils veulent espérer épouser la belle. Cette partie est en fait inspirée d’un conte d’Andersen, Le compagnon de route, dans lequel un sorcier fait peser une malédiction semblable à une jeune princesse. La deuxième partie mélange habilement la quête de la tête de Méduse à celle de la libération d’Andromède. Le monstre marin devient ici le Kraken, une créature issue du folklore scandinave. Méduse, elle, se retrouve pourvue d’une queue de serpent à sonnette, et du sang de sa tête fraîchement coupée ne surgit pas Pégase, mais trois scorpions géants qui donneront du fil à retordre à Persée. Toutefois, la réapparition du cheval ailé à la fin du film, lorsqu’il bondit hors de l’océan à l’endroit où Persée vient de jeter la tête de Méduse, fait immédiatement penser à son origine dans le mythe. Toutes ses modifications permettent à Harryhausen de laisser libre court à son imagination pour enrichir visuellement le film.

Au-delà du récit d’aventures, le film propose une approche intéressante de la mythologie antique. Le monde des mortels est soumis aux caprices de Dieux, pourvus de défauts tout à fait humains, comme la jalousie et le désir de vengeance. Persée sera aidé plusieurs fois par Zeus qui n’hésitera pas à tricher pour aider son fils. Il s’arrangera aussi pour que les autres habitants de l’Olympe lui fournissent des cadeaux, indices et objets magiques qui rendront la quête du jeune héros beaucoup plus facile. Contrairement à Jason de Jason et les Argonautes (film de 1963) qui prend son destin en main en luttant contre la volonté divine, la réussite de Persée est bien plus le fruit de la bienveillance des Dieux que de son propre héroïsme.

Benyouri

Dark City (1998)

001 - Dark City (1998)Dark City est un film d’Alex Proyas, sorti en 1998. Il fait partie de ces films de la fin du XXème siècle qui invitent le spectateur à s’interroger sur sa condition et son rapport au monde qui l’entoure. N’ayant connu qu’un succès d’estime lors de son exploitation cinéma, ce film a pourtant inspiré tout un pan du cinéma SF contemporain, ouvrant la voie à des films plus célèbres possédant certaines thématiques communes : protagonistes prisonniers de mondes artificiels, perception altérée de la réalité ou personnage en quête d’identité. Il faudra attendre les années, le bouche à oreille et l’exploitation vidéo pour que le long métrage acquière un statut de film culte.

Il est très difficile de parler de ce film sans révéler des points importants de l’intrigue. C’est pourquoi, je conseillerais à ceux qui n’ont pas vu ce film et qui souhaiterait garder un effet de surprise, de le visionner avant de continuer la lecture de cet article.

Un homme se réveille dans la pénombre d’une chambre d’hôtel, allongé dans une baignoire. Il ne se souvient plus de rien. Qui est-il ? Où se trouve-t-il ? Quelle est cette ville dehors qui semble figée dans les années 50 ? Il apprend qu’il se nomme John Murdoch et qu’il est le suspect numéro un dans une affaire de meurtres en série de prostituées. Poursuivi par un flic tenace et cynique, l’inspecteur Franck Bumstead, qui reprend l’affaire après que son collègue ait perdu la raison, Murdoch se voit de plus traqué par d’étranges individus chapeautés, au teint pâle et habillés de noirs, déterminés à lui faire la peau. Il doit donc fuir devant ses nombreux poursuivants.

003 - Dark City (1998)

Soudain, alors qu’il erre sans repère dans les artères obscures de la métropole inconnue, tout s’arrête, les gens s’endorment subitement, la circulation et la vie se figent sans raison apparente. Murdoch, le seul à être encore conscient, voit alors la structure de la ville qui semble se modifier. Les bâtiments rétrécissent ou s’allongent, les maisons se transforment en gratte-ciels et les résidences luxueuses deviennent de vulgaires taudis. Après quelques minutes de cet étrange phénomène, les habitants se réveillent sans se rendre compte des divers changements de la topographie de la ville.

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Murdoch découvre que ce sont ces hommes en noir qui sont à l’origine de ce phénomène. Ces Étrangers, comme on les appelle, sont en fait des entités extraterrestres qui maîtrisent la syntonisation (tuning en anglais), un pouvoir apparenté à de la télékinésie, qui leur permet de transformer toute chose selon leur volonté. Afin de percer le secret de l’âme humaine, cette chose qui donne à l’homme son individualité, alors qu’eux ne possèdent qu’une conscience collective, ils expérimentent sur les souvenirs des êtres humains. Grâce à l’aide du docteur Shreber, un psychanalyste à la démarche boiteuse, ils modifient le passé des habitants pendant leur sommeil, leur donnant chaque soir de nouvelles identités. Personne dans la ville n’est ce que leurs souvenirs disent qu’ils sont, leur précédente identité est perdue et change constamment. Murdoch, comprend que sa vie est un mensonge et que le couple qu’il forme avec la chanteuse de cabaret Emma n’est qu’un leurre. Il décide alors de se mettre à la recherche de son identité et de son passé. Pour lui, c’est la quête de Shell Beach, le lieu où il est censé avoir grandi et qui semble être le seul endroit où le soleil brille encore. Mais ce lieu existe-t-il vraiment ? Est-il seulement possible de sortir de la ville ?

005 - Dark City (1998)

Dark City regorge d’influences diverses, allant du film noir au cinéma expressionniste allemand des années 20, en passant par le cyberpunk et la dark SF. Les clins d’œil au film noir se retrouvent dans la figuration de ses protagonistes, que ce soit le flegmatique inspecteur aux allures de détective privé désabusé ou encore la femme de Murdoch, chanteuse de cabaret dont la beauté rappelle immanquablement ces plantureuses vamps des films d’antan. Mais c’est surtout la ville, véritable atout du film, qui donne son cachet polar, avec cet aspect art-déco baroque s’inspirant de l’architecture américaine des années 40 aux années 70, avec des néons flashy et des voitures old school. Proyas s’inspire énormément du cinéma expressionniste allemand, ce qui se voit dans la photographie qui joue énormément sur les ombres et le claire-obscure. Les personnages sont souvent filmés dans l’obscurité avant de s’avancer dans la lumière. La ville fait évidemment penser au Metropolis de Fritz Lang, les deux films proposent chacun la description d’une cité-monde déshumanisée qui semble n’avoir aucune limite ni frontière. La traque de John Murdoch dans un labyrinthe de rues obscures évoque celle de l’assassin de M le maudit. Et on ne peut s’empêcher de voir dans l’allure longiligne des Étrangers un hommage au Nosferatu de Murnau.

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Dark City contient des thèmes profondément religieux. John Murdoch apparaît comme une sorte de messie. Il se réveille au début du film mais c’est un éveil symbolique. C’est un homme normal qui a évolué et qui est amené à devenir l’élu qui libérera les hommes de l’esclavage. Comme dans Matrix, il va se découvrir des pouvoirs qui lui permettront d’accomplir des miracles et d’affronter les Étrangers. Ceux-ci évoquent quant à eux une thématique purement gnostique. Ces créatures extraterrestres qui ne supportent pas la lumière et l’eau, sont comme des démiurges plongeant le monde dans les ténèbres et contrôlant la destinée des hommes en les maintenant dans un monde onirique (voire cauchemardesque) et en leur cachant leurs véritables origines. Murdoch obtient les réponses à l’illusion de la réalité alors qu’il se trouve dans un parc d’attraction abandonné appelé « Le Royaume de Neptune ». Neptune/Poséidon est bien-sûr le dieu des mers, et les Étrangers détestent l’eau. Mais Neptune est aussi la planète mystique dans l’œuvre symphonique de Gustav Holst. On peut donc dire que la quête de Murdoch est résolue par le mysticisme.

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Dark City aborde aussi le thème de la folie, encore une influence de l’expressionnisme allemand. Au tout début du film, Murdoch ère sans réel but et semble perdre la raison quand il se met à parler tout seul. Il y a aussi Walenski, le policier devenu fou après avoir découvert la vérité. Ce dernier est en effet obsédé par l’idée que toute leur réalité est une illusion et vit désormais reclus dans sa chambre à dessiner des spirales sur les murs. Les Étrangers, obsédés par leur extinction, veulent devenir comme les humains alors qu’ils les considèrent comme inférieurs. L’un d’eux va même jusqu’à se faire implanter des souvenirs humains, ce qui va à l’encontre de la logique pragmatique de sa race. On pourrait finalement dire que c’est la ville entière qui semble être prise de folie. On peut le ressentir visuellement par sa topographie qui change constamment, mais aussi par sa population qui ne semble pas avoir remarqué qu’il y fait toujours nuit. Personne ne semble non plus s’inquiéter que des souvenirs de détails importants leur échappent, comme la route pour aller à Shell Beach.

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La spirale est un motif qui revient constamment, dans le générique, dans la chambre du flic fou, ou encore sur les cadavres des prostituées. Avec cette idée de perpétuel recommencement, d’évolution constante mais aussi de folie, la spirale symbolise la ville qui évolue sans cesse, un labyrinthe dont on ne peut s’échapper, ainsi que le destin de John Murdoch qui a lui aussi évolué et n’est plus sous le contrôle des Étrangers, au point de pouvoir rivaliser avec eux.

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Il y a aussi la symbolique de l’horloge. Les Étrangers utilisent une gigantesque horloge pour arrêter le temps dans la ville. À plusieurs moments dans le film, la caméra s’arrête sur des montres, et le héros en observe fixement plusieurs. Elles apparaissent comme le symbole de ce temps que les humains ne contrôlent pas et qui leur file entre les doigts, au profit des tout puissants Étrangers.vlcsnap 2018 03 25 17h08m46s081 - Dark City (1998)

vlcsnap 2018 03 25 17h09m05s332 - Dark City (1998)Le point plus important dans le film reste quand même le rapport aux souvenirs. Proyas utilise souvent les flashs de souvenirs que le docteur Shreber a inoculés au héros. Le film pose alors une grande question : ne sommes-nous forgés que par notre passé ? Des évènements survenus du fait du hasard nous conduisent-ils finalement sur une route toute tracée ? L’expérience menée sur Murdoch est de savoir si les problèmes de son couple, ses fantasmes inassouvis et le traumatisme de son enfance vont forcément le conduire à devenir un tueur de prostitués. Il y a là un débat sur la construction de l’individu, sur le rôle qu’y joue la mémoire. Les passages sur le carnet de dessin montrent combien les objets peuvent servir à ranimer nos souvenirs enfouis et à les retrouver avec bonheur. Il y a là-dessus un vrai travail qui donne une portée socio-philosophique au film.

Dark City reste malheureusement un film assez peu connu. Proyas a pourtant réalisé un vrai chef d’œuvre, riche en thématiques diverses et maîtrisé de bout en bout, ce qui est assez remarquable quand on sait que le film a connu une production chaotique, avec des dépassements de budget et un tournage prolongé. De plus, suite à des projections-test assez négatives, le studio de production a demandé à Proyas de revoir sa copie afin que l’histoire soit comprise par le plus grand nombre. Ainsi, la version cinéma dévoile tous les tenants et aboutissants dès le départ, vendant la mèche avant même le générique et enlevant pratiquement tout mystère au film. Heureusement, depuis 2008, la sortie Blue Ray nous offre la version pensée à l’origine par le réalisateur. Cette director’s cut propose un cheminement inverse, celui de placer le spectateur dans la même situation que le protagoniste, l’obligeant à assembler petit à petit les morceaux sans savoir réellement vers quoi tend le résultat final. Dark City est un classique de science-fiction qu’il faut avoir vu au moins une fois.

Ulysse (1954)

Ulysse fait partie des péplums mythologiques de l’âge d’or. Le film a été réalisé par Mario Camerini et est sorti en 1954, avec Kirk Douglas dans le rôle-titre. Le film respecte la structure de base de l’épopée d’Homère mais opère de nombreuses coupes pour alléger le récit et le faire tenir sur une durée d’1h40.

On peut diviser le film en 3 grandes parties :

L’absence d’Ulysse

Ulysse est parti depuis de nombreuses années pour le siège de Troie et tarde à revenir. Pourtant, son épouse Pénélope espère chaque jour son retour. Les seigneurs des îles voisines ont pris possession des lieux, convaincus qu’Ulysse est mort, et pressent la reine de choisir un nouvel époux. Celle-ci retarde l’échéance en promettant de choisir son nouveau mari dès qu’elle aura achevé le tissage de sa tapisserie, mais chaque nuit elle défait son travail de la veille. Pendant ce temps, Nausicaa, la fille du Roi Alcinoos de Phélacie, trouve Ulysse échoué sur une plage. Ce dernier a tout perdu, jusqu’à son identité. Il est devenu « Personne ». La fille du roi s’éprend de lui et le mariage est décidé. Mais ce jour là, Ulysse retrouve la mémoire et voit défiler ses aventures.

Le voyage d’Ulysse

Sous la forme d’un flash-back, nous retrouvons Ulysse sur son bateau alors que la colère de Poséidon (ici appelé Neptune) s’abat sur lui, par le biais d’une terrible tempête. A cette étape de son voyage, Ulysse est quelqu’un de fier et arrogant. Débarqués sur une île pour y faire des provisions, lui et ses hommes font la rencontre de Polyphème, le cyclope fils de Neptune, qui les retient captifs. Ulysse parvient à s’échapper par la ruse mais ne peut s’empêcher de révéler son identité, ne faisant qu’amplifier la colère du Dieu des mers. Le navire arrive alors aux abords de l’île des Sirènes. Ulysse ordonne qu’on l’attache au mât car il veut entendre leur chant. Il échoue dans cette épreuve et cède très vite à la tentation, mais comprend quand même que les Dieux lui en veulent et que son retour ne sera pas facile. Ulysse fait ensuite étape chez la magicienne Circée. Celle-ci prend les traits de Pénélope et use de ses charmes pour retenir Ulysse qui, une fois de plus, cède à la tentation et retarde son départ, malgré les avertissements et les conseils de son équipage. Il fera alors face à la mort, en voyant ses hommes l’abandonner et se faire tuer sous ses yeux, puis en rencontrant ses compagnons de guerre morts au combat. Une dernière épreuve lui sera proposée, l’immortalité lui sera offerte, mais il la refusera, comprenant l’importance de la vie terrestre, et se décidera enfin à retourner chez lui.

La vengeance d’Ulysse

De retour à Ithaque, Ulysse ne dévoile pas directement son identité et se fait passer pour un mandiant. Pénélope cède finalement face aux prétendant mais lance néanmoins une dernière épreuve, celle de l’arc que seul Ulysse arrive à bander. Ce dernier révèle alors son identité et massacre tous les prétendants. D’abord effrayée par ses agissements, Pénélope finit par se réjouir du retour de son mari.

Nous ne voyons donc que 3 étapes du voyage qui est beaucoup plus long dans l’épopée d’Homère, mais les thèmes abordés sont bien les mêmes, comme les croyances, le pouvoir des Dieux et des éléments, la thématique du voyage, la tentation ou encore la mort. La grande différence tient surtout dans la personnalité d’Ulysse qui n’est pas ici l’homme rusé, prudent et sage décrit par Homère. Il s’agit au contraire de quelqu’un d’audacieux, qui prend des risques inutiles. Il sera ainsi en partie responsable de la mort de ses hommes et d’une grande partie de ses mésaventures.

Excalibur de John Boorman (1981)

excalibur - Excalibur de John Boorman (1981)La légende arthurienne a fait l’objet de nombreuses adaptations. Mais il en est une qui retient plus souvent l’attention. Il s’agit d’Excalibur, réalisé par John Boorman en 1981. Désirant à la base adapter le Seigneur des Anneaux, Boorman se tourne finalement vers le mythe arthurien, en se basant sur le livre « Le Morte d’Arthur », écrit au XVe siècle par Sir Thomas Malory. Ce roman est une des première approches chronologiques du mythe, de la naissance à la mort d’Arthur, et se prête donc bien à une adaptation cinématographique. Les premières versions du scénario, écrit par John Boorman et Rospo Pallenberg, auraient donné un film de près de 4h. Devant la réticence de la production et le budget modeste, Boorman est contraint d’avoir recours à de nombreuses ellipses et à fusionner certains personnages (Perceval et Galahad, le Roi pêcheur et Arthur,…) pour raccourcir le récit.

Le film se divise en trois parties. Dans le prologue, le royaume est divisé, en proie aux guerres. C’est l’âge des ténèbres. Merlin, qui apparaît sortant du brouillard, y est tout puissant et fait souvent appel aux forces de la nature. L’espoir d’unification du royaume est symbolisé par Excalibur, que Merlin donne à Uther pour conquérir le trône. Hélas, Uther est un roi capricieux et ses passions causeront sa perte.

La deuxième partie commence lorsqu’Arthur, élevé jusque là dans l’ignorance de ses origines, devient le nouveau roi. Sa nature humble et modeste impose le respect et lui permet d’unifier à nouveau le royaume. C’est l’âge d’or qui atteint son apogée avec la construction de Camelot et la constitution de l’ordre des Chevaliers de la Table Ronde. Durant le mariage d’Arthur et Guenièvre, les armures sont étincelantes, symbolisant par là le roi rayonnant, et par extension son royaume. Merlin est plus en retrait car il n’appartient plus à ce monde. C’est la fin de la culture païenne, de l’ère de la magie et de la nature, au profit de celle des hommes et du culte du Dieu unique. Merlin succombera d’ailleurs dans cette deuxième partie, piégé par Morgane.

Les amours interdits de Lancelot et Guenièvre annoncent le déclin de cet âge d’or. Un déclin qui était prédestiné, comme nous le fait comprendre la réalisation. Par l’image d’abord, avec le regard intense échangé par Lancelot et Guenièvre, qui suffit à nouer leur passion, mais aussi par le son, avec l’utilisation du Prélude à Tristan et Iseult de Wagner, lorsque les deux amants s’unissent. La vengeance de Morgane viendra achever définitivement cette ère de lumière, avec la naissance de Mordred, fruit d’une union illégitime entre elle et Arthur.

La troisième partie commence ainsi avec un roi brisé, en proie au doute. En abandonnant Excalibur, Arthur a rompu le lien avec la terre (symbolisée par le dragon) et son royaume dépérit avec lui. C’est dans cette période de doute que commence la quête du graal, qui est ici dénuée de toute dimension mystique. La sauvagerie de la première partie et l’extase de l’âge d’or a laissé la place à l’onirisme. Merlin, qui a succombé dans la deuxième partie, ne trouve d’ailleurs plus de pouvoir que dans les rêves. Arthur et ses chevaliers ont également dépassé le statut d’homme. Eux non plus n’ont plus leurs places dans ce monde. Après avoir vaincu Mordred, Arthur mortellement blessé rejoindra la terre des légendes, tandis qu’Excalibur retournera à la Dame du Lac, en attendant qu’un roi digne la brandisse à nouveau.

Benyouri