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Excalibur de John Boorman (1981)

excalibur - Excalibur de John Boorman (1981)La légende arthurienne a fait l’objet de nombreuses adaptations. Mais il en est une qui retient plus souvent l’attention. Il s’agit d’Excalibur, réalisé par John Boorman en 1981. Désirant à la base adapter le Seigneur des Anneaux, Boorman se tourne finalement vers le mythe arthurien, en se basant sur le livre « Le Morte d’Arthur », écrit au XVe siècle par Sir Thomas Malory. Ce roman est une des première approches chronologiques du mythe, de la naissance à la mort d’Arthur, et se prête donc bien à une adaptation cinématographique. Les premières versions du scénario, écrit par John Boorman et Rospo Pallenberg, auraient donné un film de près de 4h. Devant la réticence de la production et le budget modeste, Boorman est contraint d’avoir recours à de nombreuses ellipses et à fusionner certains personnages (Perceval et Galahad, le Roi pêcheur et Arthur,…) pour raccourcir le récit.

Le film se divise en trois parties. Dans le prologue, le royaume est divisé, en proie aux guerres. C’est l’âge des ténèbres. Merlin, qui apparaît sortant du brouillard, y est tout puissant et fait souvent appel aux forces de la nature. L’espoir d’unification du royaume est symbolisé par Excalibur, que Merlin donne à Uther pour conquérir le trône. Hélas, Uther est un roi capricieux et ses passions causeront sa perte.

La deuxième partie commence lorsqu’Arthur, élevé jusque là dans l’ignorance de ses origines, devient le nouveau roi. Sa nature humble et modeste impose le respect et lui permet d’unifier à nouveau le royaume. C’est l’âge d’or qui atteint son apogée avec la construction de Camelot et la constitution de l’ordre des Chevaliers de la Table Ronde. Durant le mariage d’Arthur et Guenièvre, les armures sont étincelantes, symbolisant par là le roi rayonnant, et par extension son royaume. Merlin est plus en retrait car il n’appartient plus à ce monde. C’est la fin de la culture païenne, de l’ère de la magie et de la nature, au profit de celle des hommes et du culte du Dieu unique. Merlin succombera d’ailleurs dans cette deuxième partie, piégé par Morgane.

Les amours interdits de Lancelot et Guenièvre annoncent le déclin de cet âge d’or. Un déclin qui était prédestiné, comme nous le fait comprendre la réalisation. Par l’image d’abord, avec le regard intense échangé par Lancelot et Guenièvre, qui suffit à nouer leur passion, mais aussi par le son, avec l’utilisation du Prélude à Tristan et Iseult de Wagner, lorsque les deux amants s’unissent. La vengeance de Morgane viendra achever définitivement cette ère de lumière, avec la naissance de Mordred, fruit d’une union illégitime entre elle et Arthur.

La troisième partie commence ainsi avec un roi brisé, en proie au doute. En abandonnant Excalibur, Arthur a rompu le lien avec la terre (symbolisée par le dragon) et son royaume dépérit avec lui. C’est dans cette période de doute que commence la quête du graal, qui est ici dénuée de toute dimension mystique. La sauvagerie de la première partie et l’extase de l’âge d’or a laissé la place à l’onirisme. Merlin, qui a succombé dans la deuxième partie, ne trouve d’ailleurs plus de pouvoir que dans les rêves. Arthur et ses chevaliers ont également dépassé le statut d’homme. Eux non plus n’ont plus leurs places dans ce monde. Après avoir vaincu Mordred, Arthur mortellement blessé rejoindra la terre des légendes, tandis qu’Excalibur retournera à la Dame du Lac, en attendant qu’un roi digne la brandisse à nouveau.

Benyouri

BRÂHMA, LE DÉMIURGE MAL AIMÉ

brahma1 - BRÂHMA, LE DÉMIURGE MAL AIMÉ
Iconographie traditionnelle de Brâhma sur son lotus. Il tient: — La cuiller à oblations rituelles (sruc स्रुच्) ou bien une fleur de lotus, dont la symbolique fut évoquée précédemment, — Un manuscrit (pustaka पुस्तक​) des Védas — Le rosaire (akshamala अक्षमाला) dont les perles représentent les différents éléments de la création, — Un pot d’eau (kamandalu कमन्डलु) représentant l’énergie qu’il a utilisée pour créer l’Univers.

Brâhma ( est certainement l’une des divinités les plus intéressantes et complexes de l’hindouisme contemporain. Dans la mythologie, il est le Créateur, plus exactement le Démiurge. L’hindouisme, comme la plupart des anciennes religions, ne possède pas une mais des cosmogonies, toutes avec leurs variations. Je vais essayer de synthétiser ici la plus connue d’entre elles [1], à la lumière de l’interprétation théosophique qui en a été faite [2], et également le rôle assez particulier de «divinité mal aimée» que joue Brâhma.  À chacun évidemment de se faire sa propre idée sur le sujet !

Pour les Hindous, l’univers entier possède un Esprit, comme le corps possède un esprit, il s’agit de Brahman (avec un n final), le divin absolu et sans bornes, à la fois immanent et transcendant. Il est la substance de laquelle procède la création. Lorsque le monde matériel n’existe pas, tout se trouve dans l’océan primordial sans forme déjà évoqué dans un précédent article, où toutes les choses appelées à être se trouvent en potentiel. Lorsque Vishnou se réveille d’une «nuit de Brâhma», celui-ci s’éveille également, assis sur le lotus qui sort du nombril de Vishnou. Ce lotus représente le passage du non-manifesté, qui gît in potentia, au manifesté. D’abord désorienté, Brâhma demande à l’Éternel, l’Esprit Suprême ou Parabrahman, pourquoi il est là. Prenant conscience de lui-même, il accède alors à l’entendement par cette première lumière, et par conséquent, entend la volonté de son père. Ainsi, Brâhma est amené à voir tout ce qui doit prendre corps en forme à partir de la pensée divine, abstraite, indifférenciée et invisible (d’où le symbolisme du lotus). De «l’oeuf doré» hiryanagarbha (हिरण्यगर्भ​) d’où il est né, la Création matérielle va alors pouvoir avoir lieu, autrement dit, notre Démiurge va alors pouvoir être l’architecte qui transmute les choses reposant dans l’Esprit de son père par la «fertilisation» de ces eaux primordiales, qui le sont par la Lumière, le feu de l’intelligence, dissipant les ténèbres primordiales; nous revoilà avec le symbolisme du « Brâhma planant sur les eaux »; la conscience comme entendement, la naissance de ce qu’on peut nommer la compréhension. Blavatsky pensait que ce symbolisme du lotus se retrouvait en Égypte.
Il est souvent identifié au dieu védique Prajâpati (प्रजापति) et à ce titre, il est le père des 10 premiers hommes qui peupleront le monde ainsi que des 7 Rishis (ऋषि), en fait 4, selon les plus anciennes versions), les sages patriarches fondateurs de l’hindouisme qui ont enseigné le savoir des Védas. Il partage également le mythe de l’inceste primordial avec ce dieu. Brahma serait tombé amoureux de sa propre fille Sarasvatî, déesse de l’inspiration et de la création, qui est également son épouse dans bien des légendes. Il se serait fait pousser 4 têtes pour pouvoir l’observer dans les 4 directions, alors celle-ci prit de la hauteur, et Brâhma se fit pousser une cinquième tête pour l’observer là-haut. Dégoûté par la concupiscence de Brâhman, Shiva lui coupa sa cinquième tête, gagnant ainsi l’épithète de pashupati (पषुपति), «maître des âmes». Il s’agit bien sûr ici d’illustrer le tabou social universel de l’inceste, mais également, dans une perspective plus philosophique, de préciser que le Créateur ne doit avoir aucune concupiscence pour ses créations et qu’il ne doit pas s’enorgueillir d’elles. Pour une symbolique plus précise concernant les étapes de la création, voir l’article précédent. Précisons que les têtes de Brâhma récitent le Véda dans toutes les directions; c’est la «parole sacrée», en sanskrit brahmavâc (prononcé « brahmavatche » et écrit ब्रह्मवाच्). Le mot vâc est un cognat du latin vox, du français voix, il s’agit du son, de la parole, du mot. On retrouve ici évidemment un écho au mythe du Verbe  (Logos) comme parole créatrice, que l’on retrouve abondamment dans la Bible et dans bien d’autres religions: le souffle est vivant, et dans le cas du langage, ce souffle porte une signification sacrée, une signification porteuse de Vérité. Cette création contient le bien comme le mal, le début comme la fin, selon les conceptions qui peuvent naître dans des esprits humains, c’est pour cela que la purana citée en [2] fait aussi de Brâhma le créateur de l’illusion (mâyâ, आया) [3], c’est-à-dire de l’ignorance liée aux apparences, qui est également (dans l’advaita) l’illusion que l’objet et celui qui la perçoit sont séparés. C’est de Vishnou dont la tradition indienne fait en général le créateur de la mâyâ.
Brâhma n’est pas seulement concupiscent et orgueilleux, il peut s’avérer carrément menteur, et cela est illustré par la légende de la colonne de feu, tejolinga (तेजो लिङ​) qu’on trouve dans le Linga Purâna (लिंग पुराण). Vishnou et Brâhma se querellaient pour savoir qui était le meilleur des devas, quand apparut une immense colonne de feu, qui était la forme ardente de Shiva. Shiva annonça alors que celui qui trouverait l’extrêmité de la colonne serait le plus grand; elle n’avait cependant ni début ni fin. Vishnou se transforma alors en son avatar sanglier, varâha (वराह​) et creusa pour en trouver l’origine sous terre, alors que Brahma, monté sur son cygne hamsa (हंस), partit en trouver l’origine dans les cieux. Vishnou avoua n’avoir rien trouvé, mais Brahma mentit, et bien sûr Shiva le sut puisque cette colonne était la représentation de son pouvoir infini…
On prête d’autres épouses à Brahma, notamment Savitrî (personnifiant la création artistique, les fonctions intellectuelles) et Gayatrî (personnifiant l’apprentissage). Alors que le rituel védique devant célébrer l’union de Brâhma et de sa compagne allait commencer (il s’agissait d’un yajña), celle-ci était introuvable. Brâhma demanda alors à Indra de lui trouver une autre épouse, et ce fut Gayatrî. Savitrî, outrée de voir son mari si pressé et si volage, le maudit et le condamna à n’être vénéré qu’à Pushkar au Rajasthan. C’est d’ailleurs là que se situe son seul grand temple, même s’il est vénéré ailleurs comme à Pondichéry. Il faut évidemment voir ces histoires comme des allégories. Les parèdres dans l’hindouisme sont plus précisément des shakti (शक्ति), des «puissances», ce sont des principes féminins qui rendent possible la réalisation du principe masculin, les deux sont complémentaires. Ainsi, c’est par le catalyseur de l’apprentissage intellectuel ou de l’inspiration artistique (Gayatrî, Savitrî, Sarasvatî etc) que la création représentée par Brâhma peut se faire.
brahma2 - BRÂHMA, LE DÉMIURGE MAL AIMÉ
Temple de Brâhma à Pushkar, au Rajasthan
 Cette description de Brahma comme un être certes puissant, mais vaniteux et concupiscent le rapprochent beaucoup du Démiurge tel qu’il fut décrit par les Gnostiques chrétiens. L’épisode de la colonne de feu prouve très clairement que Brâhma n’est pas le Tout, n’est pas l’entièreté du cosmos, tout comme les Gnostiques pensaient que le Démiurge (Yadalbaoth) n’était pas Dieu le Père infini, mais lui-même une création de Dieu aveuglée par son propre orgueil. Pour les Hindous, on ne doit pas confondre le divin (brahman) et sa facette créatrice, qui reste une facette justement. Autre fait intéressant, contrairement à Vishnou ou Krishna, Brâhma est mortel ! Il ne peut vivre «que» 100 nuits de Brâhma, ce qui représente tout de même environ 100 fois 4,3 milliards d’années… Brâhma est toujours bien moins révéré que Vishnou (le perpétuateur) ou Shiva (le destructeur-recréateur), même s’il ne possède clairement pas le côté brutal et tyrannique attribué au Démiurge par les Gnostiques occidentaux. En fait, le Brâhma hindou intervient fort peu dans les affaires des mortels et des devas, et plus les années ont passé, plus son importance a diminué. En fait, il se limite au rôle de créateur, et la plupart de ses légendes semblent avoir été écrites pour indiquer au croyant que l’important n’est pas tant la création en tant que processus de création, mais la Création pour elle-même, la totalité de l’univers avec son esprit auquel le croyant sus-mentionné participe lui-même, le Tout en perpétuel mouvement, à l’image d’un Logos héraclitéen. Brâhma fut simplement l’étincelle qui a permis une genèse, comme un gigantesque boot cosmique préprogrammé…
{1] On retrouve des mentions de Brâhma dans la plus vieille littérature sanskrite, mais le principal mythe cosmogonique faisant intervenir Brâhma nous est narré dans la Bhâgavata Mahâpurâna (भागवतमहापुराण​). Dédié à Krishna, il s’agit d’une des «grandes histoires» (purâna) de l’hindouisme.
[2] BLAVATSKY H.P. (1877), Isis dévoilée, pp. 162-163, trad. Ronald JACQUEMOT, ouvrage numérisé
[3] ANDERSONN Richard (1967), Hindu Myths in Mallarmé: Un Coup de Dés, Comparative Literature, Vol. 19, No. 1, page 31-33.
(Par Yohann — Siddhartha Burgundiae
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Ébauche de cosmogonie dans le Rig-Veda

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Nous poursuivons notre promenade chronologique dans la religion védique et hindoue, en nous intéressant aujourd’hui aux ébauches de cosmogonie qui se trouvent dans le Rig Veda, un des plus anciens textes védiques, de ce qui deviendra par la suite l’hindouisme que nous connaissons tous. Comme le souligne McDowell, il y a deux manières de regarder la cosmogonie du Rig Veda: une mythologique et une philosophique. «La première voit l’univers comme le résultat d’une production mécanique, l’œuvre forgée par les talents du charpentier et du menuisier; l’autre la voit comme le résultat d’une production naturelle» [1]. Gardons en tête qu’à cette époque, les développements philosophiques suggérés sont encore rudimentaires, mais que nous avons un désir d’expliquer et d’ordonner le monde, ce qui passe en premier lieu par lui donner une source, une origine, et cela sera fait par Brâhma, le Démiurge, et la substance moniste derrière lui, l’esprit divin, brahman. Ainsi peut-on lire dans le Taittirîya Brâhmana (तैत्तिरीय शाखा):

«Brahman est le bois et Brahman est l’arbre à partir desquels l’univers et la Terre ont été créés». [2]

La comparaison de McDonell avec la menuiserie et la charpenterie est pertinente: dans plusieurs passages du Rig Veda, on a en effet des descriptions de dieux qui mesurent et agencent le monde, séparant les cieux de la terre, comme s’il s’agissait d’une maison. [3] Le ciel et la terre tiennent une grande importance dans cet ouvrage, plusieurs hymnes leur sont dédiés, et leur patronnage est souvent attribué à Aditi (अदिति), «Absolu», la déesse mère, la force féminine suprême et sans borne incarnant l’espace sans limites (je n’hésiterais pas à la rapprocher de la déesse-mère des Celtes dont le nom était ineffable) ainsi que de son père (et fils !) Daksha (दक्ष​) «Adroit, habile», issu de cette unité primordiale, qui va la féconder symboliquement pour la diviser et créer toutes choses. Il n’est d’ailleurs pas étonnant que la première grande trimurti (trinité) védique se composât d’Aditi-Nara-Nârâyana.

Ces croyances védiques n’ont pas manquer d’éveiller l’intérêt des occultistes et autres férus de symbolisme. H. P. Blavatsky, fondatrice de la Société Théosophique, est l’une d’entre eux. Selon elle, Aditi, grande mer primordiale, est une énergie infinie, d’abord féminine (pensée divine latente) puis androgyne, elle va donner naissance à un principe mâle qui s’appelle Nara (नर​), qui signifie «homme» littéralement, et à son pendant femelle, Nari (les eaux elles-mêmes. Elle fait de Nara-Nari-Virâja la première trimurti de l’Inde védique, soit le principe masculin, Nara, qui est à la fois le père et l’époux de sa propre fille Nari (les eaux), puisque la matière procède de l’Esprit, qui vient ensuite, comme un Feu cosmique (principe masculin) la féconder. Pour ce faire, le principe mâle va devenir l’esprit se mouvant sur les eaux, il sera alors appelé Nârâyana (नारायण​), ce qui en sanskrit donne à peu près «Nara se mouvant (sur les eaux)». Pas étonnant donc, que Nara et Nârâyana soient décrits dans la mythologie comme des jumeaux… Cet esprit va féconder Aditi afin de donner naissance à Diti («le divisé») et aux premiers géniteurs qui enfanteront les deva (देव​, divinités) comme les démons (asûra असुर ou rakshasa राक्षस​). Mais au stade précédemment décrit, nous n’avons l’œuf primordial, nommé hiranyagarbha (हिरण्यगर्भ​), qui sera ensuite divisé pour faire le ciel et la terre. Virâj quant à lui, est le Fils, l’Univers, qui sera identifié à la moitié masculine de Brâhma, le Démiurge de l’hindouisme, récupérant nombre de traits des anciennes divinités védiques dédiées à ce rôle. Avec sa moitié féminine, il donnera naissance aux Prajâpati. Et bien sûr, on retrouve évidemment chez ce Démiurge cette histoire d’inceste primordiale avec sa gracieuse fille nommée Sarasvatî. Un article sur Brâhma suivra très certainement.

Le problème avec les interprétations de Blavatsky est évidemment qu’elles sont invérifiables, puisque de l’aveu de l’intéressée elle-même, il s’agit ici de connaissance secrète (guptâ vidyâ  गुप्ता विद्या), malgré la pertinence de l’analyse, celle-ci n’a donc pas valeur de preuve.

Revenons cependant aux premières réflexions métaphysiques des Védiques. Il est très intéressant que malgré les influences panthéistes dans le Rig Veda, cet ouvrage précise déjà que les deva ne sont que des émanations de Brahman, une raison de plus pour refuser l’appellation «polythéiste», tout particulièrement lors des phases modernes de l’hindouisme, où ce concept va être repris, développé et érigé en dogmes de célèbres écoles de pensée orthodoxes comme l’advaita. Le passage parle de lui-même:
«On le nomme Indra, Mitra, Varuṇa, Agni, il est le céleste Garutmān aux nobles ailes; À ce qui est Un, les sages donnent bien des titres, ils l’appellent Agni, Yama, Mātariśvan.» [5]
Au milieu des centaines d’hymnes naïfs quasi-animistes qui constituent le Rig-Veda, on trouve de surprenantes digressions philosophiques sur la nature de ce qui se trouvait avant la Création, des paroles sibyllines, qui résonnent comme des ébauches faisant écho à d’autres religions/philosophies du monde. Ainsi peut-on lire ces paroles attribués aux Sages fondateurs, les rishi (रिषि): «Alors, il n’y avait ni existence ni inexistence, aucune atmosphère n’existait, et aucun ciel au-delà» [6] Dans ce même hymne 129, on lit que tout n’était que ténèbres, et que d’une «chaleur» (esprit masculin fécondant, plus tard le purusha), se manifesta l’Unité. Impossible de ne pas faire de parallèle avec les axiomes de la philosophie hermétique, les fameuses tablettes de Thot. Cette idée du chaos primordial ni existant ni inexistant sera reprise dans bien d’autres ouvrages notamment le Shatapatha Brâhmana (शतपथ ब्राह्मण), qui rappelle également un axiome hermétique: celui de l’Univers mental, l’idée que c’est un Esprit, une force mentale mouvante, qui se trouve derrière la Création:
«… car l’Esprit, ainsi qu’il existait, n’était ni existant ni inexistant; lorsqu’il fut créé, cet Esprit souhaita se manifester – être défini, acquérir une substance. Il rechercha un soi (un corps); il pratiqua l’austérité; il acquis une consistance.» [7]
Ainsi que le souligne Dasgupta, nous voyons dans tous ces ouvrages cités une cohérence se former, une théorie cosmogonique prend forme petit à petit. Elle connaitra certes d’infinies variations suivant les régions (à la manière de la cosmogonie égyptienne), les noms changeront, certaines divinités védiques seront identifiées à des divinités postérieures, mais globalement le fond philosophique sous-jacent qui marque toujours l’Inde jusqu’à aujourd’hui est déjà né. La cosmogonie fait naître l’univers d’une masse informe que les Grecs appelleront chaos, une masse qui ne peut être que mentale pour les Védiques, puisque la matière n’existe pas encore. Ensuite, cette masse se retrouve comme transcendée par un Esprit, une force vivifiante, qui fertilise ses eaux primordiales, afin de donner une forme et une existence aux choses qui sont appelées à exister: c’est le processus de création matérielle qui démarre, par étapes souvent graduelles. Il y a cependant un seul créateur, une seule source où tout peut être ramené. Le prochain article sera sans doute une traduction exhaustive de l’hymne 129 du Xème livre du Rig Veda, tant il est pertinent et informatif du point de vue philosophique. Cela le différencie d’autres hymnes plus ritualistes, qui peuvent être il est vrai assez rébarbatifs…
Le prochain article sera consacré au Démiurge mal aimé de l’hindouisme dont nous avons succinctement parlé, Brâhma, et à quelques légendes qui l’entourent. Les parallèles avec d’autres religions anciennes sont là encore passionnants.
[1] MCDONELL Arthur Anthony (1897), Vedic Mythology, Strassburg: K.J. Trübner, p.11., cité par DASGUPTA Surendranath (1922), A History of Indian Philosophy Vol. I, chap. 2 part. 11, Cosmogony: Mythological and Philosophical, Cambridge: University Press. [2] Taittirîya Brâhmana II 8. 9. 6., qui fait écho au Rig Veda X 81. 4. où cette question est explicitement posée. Le Taittirîya Brâhmana est un recueil de védas en prose (yajurveda) particulièrement populaire au Sud de l’Inde, qui est attribué à un élève du grammairien Yâska nommé Tittiri. [3] Voir par ex Rig Veda II. 15. 3., sur Indra. [4] BLAVATSKY H.P. (1877), Isis dévoilée, pp. 1175-1178, trad. Ronald JACQUEMOT, ouvrage numérisé. [5] Rig Veda, I. 164. 46. [6] idem, X. 129, [7] EGGELING Julius (1882-1900), Shatapatha Brâhmana (traduction), Oxford: The Clarendon Press, Part IV, pp. 374-375, cité par DASGUPTA Surendranath (1922), A History of Indian Philosophy Vol. I, chap. 2 part. 11, Cosmogony: Mythological and Philosophical, Cambridge: University Press. (toutes les traductions réalisées sont des traductions personnelles à partir des passages en anglais tels que cités par Dasgupta)
(Par Yohann — Siddhartha Burgundiae)
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De l’hénothéisme védique à la philosophie hindoue

Le mot hénothéisme (Henotheismus) [1], [2], proposé par le sanskritiste Max Müller, fut très tôt adopté par les indologues classiques afin de décrire le système de croyances védique qui selon le système de classification occidental, ne pouvait comprendre ni le monothéisme (associé aux religions abrahamiques) ni le polythéisme pur associé aux Anciens Grecs ou bien aux Celtes païens. Selon Müller, l’hénothéisme est «une croyance en des dieux individuels, qui sont chacun tour à tour dieu suprême. Et puisqu’on pense que les dieux gouvernent leur propre sphère, les chanteurs, selon leurs désirs et préoccupations, s’adressent surtout au dieu auquel ils attribuent le plus de pouvoir dans la matière — au département, si je puis m’exprimer ainsi, dans lequel leur souhait peut être rangé». [3] Macdonell nuance cependant ce propos en précisant que les dieux védiques ne sont pas indépendants les uns des autres, il y a une hiérarchie. Ainsi Sûrya (le soleil, plus tard Mithra) et Varuna (l’eau sombre, sa face opposée) sont subordonnés à Indra, seigneur du ciel. Néanmoins, pour Dasgupta, Müller a raison sur le fond: on ne peut qualifier le védisme ni de polythéisme pur au sens européen, ni de monothéisme pur. Ceci est lié au caractère intrinsèquement animiste de cette religion, chose très bien résumée par l’auteur.

«C’était les forces de la nature et leurs manifestations sur Terre, dans l’atmosphère, tout autour de nous et au-dessus de nous ou dans les cieux, par-delà la voûte céleste, qui excitèrent l’imagination et la dévotion des poètes védiques. Ainsi, exception faite des dieux dont nous allons parler et de certaines divinités duelles, les dieux peuvent ainsi être classés comme terrestres, atmosphériques et célestes. Polythéisme, hénothéisme et monothéisme Il est possible que la diversité des dieux védiques conduisent un regard superficiel à penser que la foi védique fût polythéiste. Cependant, un observateur intelligent n’y trouvera ni polythéisme ni monothéisme, mais une simple étape primitive de la croyance dans laquelle ces deux choses peuvent puiser leurs origines. Les dieux n’y préservent pas leur place comme dans une foi polythéiste, mais chacun est réduit à l’insignifiance ou bien exalté comme dieu suprême selon qu’il est objet d’adoration ou non. Les poètes védiques étaient fils de la nature. Chaque phénomène naturel éveillait en eux l’émerveillement, l’admiration ou la vénération. Le poète est frappé d’émerveillement car:

La vache rouge au cuir rêche donne un lait blanc et doux

L’apparition ou le coucher du soleil fait frissonner l’imagination du sage védique, et les yeux pleins d’admiration, il s’exclame:

«Comment se fait-il que, sans attache ferme et sans soutien, il ne tombe pas, bien que dirigé vers le bas ? Quelle force issue de lui-même le meut (pour son ascension), et qui l’a vue ? […]» Rig Veda IV 13.5.

C’est cette tendance à faire d’un dieu ou d’un autre le dieu suprême en ignorant les autres, et ce en fonction du service demandé, qui a amené les Védiques a créé le concept d’un dieu suprême, à l’origine nommé Prajâpati, qui apparait déjà au Xème livre du Rig Veda. [6] Il s’agissait au départ d’un dieu créateur de l’univers, comme dans beaucoup de mythologies. Prajâpati évoluera plus tard en Brahma, le démiurge dont nous avons parlé. Les Védiques auraient pu s’arrêter là, comme bien d’autres religions, par exemple le judaïsme ou le Tétragrammaton est vénéré car il a donné Sa loi aux Hébreux, mais aussi et surtout car il est le créateur de toutes choses. Cependant, les Védiques sont allés plus loin. Ils sont passés de Brâhma, le démiurge concret, masculin, au brahman (ब्रह्मन्), mot neutre, désignant l’esprit universel, la force cachée et absolue derrière toute action divine ou matérielle, qui est au cœur des principales écoles de l’hindouisme orthodoxe, notamment l’école non-dualiste (advaita). D’après Dasgupta, ce concept du brahman apparait dans le Shatapatha Brâhmana (शतपथ ब्राह्मण​), livre dont le nom signifie «les 100 voies du rituel», et qui décrit les mythes et les rituels de la religion védique. Ce concept primitif du brahman était associé à purusha (पूरुष​, l’esprit masculin), à Prajâpati, ou encore à prana (प्रण​), qui correspond à ce que les Anciens grecs nommaient l’éther, le fluide vital présent dans l’univers. [7]
C’est véritablement à ce moment, selon moi, que le védisme commence à s’effacer et que l’hindouisme commence à émerger. L’ancienne religion hénothéiste, issue de la vénération des esprits de la Nature, de l’émerveillement et du respect qu’elles inspiraient, ont commencé à se structurer et à se hiérarchiser. Les peuples anciens de l’Inde ont ressenti le besoin d’articuler logiquement ces forces et ces croyances, d’où l’émergence d’un Seigneur suprême, créateur de toute chose, qui lui-même devint l’exécutant d’un esprit plus abstrait encore. Nous sommes passés d’une religion pure, faite de louanges et de rituels de vénération, à une philosophie, avec ses mythes complexes et ses réflexions poussées sur l’univers et la métaphysique. Le côté abstrait de la trimurti hindoue dominante à l’heure actuelle en est une belle preuve: Brahma (le créateur) — Vishnou (le perpétuateur) — Shiva (le destructeur et reconstructeur).
Dans un prochain article, nous poursuivrons l’histoire abrégée de la philosophie hindoue en nous intéressant aux premiers embryons de cosmogonie.
[1] KAEGI Adolf (1886), The Rigveda: The Oldest Literature of the Indians, (trad. en anglais), p.34, Boston: Ginn and Company
[2] MÜLLER Max Friedrich (1880), Vorlesungen über den Ursprung und die Entwicklung der Religion mit besonderer Rücksicht auf die Religionen des alten Indiens. Trübner: Straßburg 1880, 2. unveränderte Auflage 1881
[3] Traduction personnelle de DASGUPTA Surendranath (1922) citant (KAEGI 1886), A History of Indian Philosophy Vol. I, chap. 2 part. 8, the Vedic Gods, Cambridge. University Press
[4] MACDONELL Arthur Anthony (1897), Vedic Mythology, pp.16-17, Strassburg K.J Trübner.
[5] Traduction personnelle de DASGUPTA Surendranath (1922), A History of Indian Philosophy Vol. I, chap. 2 part. 8, the Vedic Gods, Cambridge. University Press [6] idem
[7] Traduction personnelle de DASGUPTA Surendranath (1922), A History of Indian Philosophy Vol. I, chap. 2 part. 9, Brahma, Cambridge. University Press
(Par Yohann/Siddhartha Burgundiae)
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Lychantropie – Légende du loup-garou

Lychantropie – Légende du loup-garou

Lychantropie : Légende du loup-garou Un loup-garou, ou lycanthrope, est « un homme ou une femme métamorphosé en loup par suite de sortilèges ou d’enchantements.D’après le démonographes, ce ne serait qu’à l’aide du démon (du diable) que pareille transformation pourrait être
accomplie. Les théologiens déclarèrent que non seulement on devrait croire à leur existence, mais encore qu’il y aurait hérésie à ne pas y croire. »Plus généralement, le loup-garou désigne, dans les mythologies, les legendes et le folklore, un être humain ayant la faculté de se métamorphoser, partiellement ou totalement, en loup, ou en une créature anthropomorphe proche du loup. Ce serait la conséquence d’un choix, d’un sort jeté ou d’une fatalité, qui n’interviendrait qu’en certaines circonstances précises, notamment la nuit et au moment de la pleine lune ou de la nouvelle lune (lune noire).

La Grèce est le berceau des lycanthropes, comme elle fut celui des broucolaques, cette variété fort dangereuse de vampires. Cela n’a d’ailleurs rien qui puisse nous étonner. Dans ses Métamorphoses, Ovide nous a habitués à voir dieux et hommes changer de formes et d’aspect, au gré de leurs fantaisies ou de sorts sur eux jetés. Les Dieux de l’Olympe étaient d’ailleurs des divinités ambiguës, avançant souvent masquées. À tout seigneur tout honneur, Zeus était expert en ces transformations animales. Et, dans le bestiaire mis à disposition du dieu des dieux, le loup figurait justement en bonne place, et le Zeus lykaios – Zeus loup – était l’objet d’un culte particulier qui joua un grand rôle dans la naissance des loups-garous.

Mais d’autres dieux avaient coutume de se métamorphoser en loups, notamment Léto, la mère d’Artémis et d’Apollon, pour se protéger de la colère d’Héra. Sa fille perpétua la tradition. La louve Mormolykê était quant à elle une sorte de croquemitaine dévorant les enfants désobéissants.

Au Vè siècle av. J.-C., Hérodote rapporte diverses traditions mentionnant l’existence de magiciens habitant les rivages de la mer Noire, qui avaient le pouvoir de se transformer à volonté en loups avant de reprendre leur apparence normale. Il dit à ce sujet: « Il paraît que les Neures (peuple sarmate qui prétendait pouvoir se changer en loup, puis reprendre la forme humaine) sont des enchanteurs. S’il faut en croire les Scythes et les Grecs établis en Scythie, chaque Neure se change une fois par année en loup pour quelques jours et reprend ensuite sa première forme. »

L’Antiquité grecque fait surtout mention d’un personnage qui apparaît comme le premier des loups-garous clairement identifié, le fameux Lycaon, dont le nom a donné celui de lycanthrope. Lycaon, fils de Phronée et père de cinquante fils, était roi d’Arcadie, province située à l’ouest du Péloponnèse, à laquelle il donna le nom de Lycaonie.

Cette région était alors hantée par les loups, comme l’atteste bien l’étymologie du nom. Sur les hauteurs montagneuses, il avait fondé la ville de Lycosure, dans laquelle il avait fait élever un temple en l’honneur de Zeus, auquel il sacrifiait de nombreuses vies humaines. Ce lieu, en effet, avait vu naître le roi des dieux, que les magiciens considéraient comme une sorte de meneur de loups. Ce Mons Lycaeus, ou « mont du loup », est devenu par la suite le « mont Lycée ». Lycaon s’adonnait également à l’anthropophagie, dégustant volontiers la chair des étrangers qui venaient à passer sur ses terres.

Attiré par les faveurs que lui prodiguait le roi, Zeus descendit de son Empyrée pour rendre visite à Lycaon, qui l’invita à souper en lui faisant servir, sans le lui dire, de la chair humaine. S’agissait-il d’un esclave, ou du plus jeune de ses cinquante enfants? Le avis divergent sur la question, mais tous s’accorde à dire que le dieu fut fort indigné de cette nourriture indigne de lui.

Ivre de rage, il fit tomber du ciel un feu vengeur qui ravagea le palais, tandis qu’il changeait Lycaon en loup. Dans Les Métamorphoses, Ovide en fait le récit suivant: « Ses vêtements se changèrent en poils, ses bras en jambes, devenu un loup il conserve encore des vestiges de son ancienne forme. Il a toujours le même poil gris, le même air farouche, les mêmes yeux ardents; il est toujours à l’image de la férocité. » C’est ainsi que le roi d’Arcadie fut le premier des Lycanthropes.

Sous sa forme de loup, Lycaon continua à vivre dans la province maléficiée. Le sort jeté par Zeus le condamnait à tuer et à égorger, sans jamais pouvoir assouvir sa faim, tout en étant incapable d’oublier son ancienne condition d’homme. Telle est en effet la terrible condition du loup-garou: il devient loup sans cesser d’être homme, et ne se reconnaît dans aucun de ces états. Mi-loup, mi-homme, il éprouve, autant sinon plus que ses victimes, la douleur d’un prédateur impénitent. Il est un monstre, mais n’accepte pas sa monstruosité, contrairement au vampire qui s’en enorgueillit. Il est tout autant victime que bourreau, et les hurlements qu’il pousse sous sa forme animale éveillent chez ceux qui les entendent, à la fois effroi et compassion pour cet être disgracié.

À côté de cette vision tragique du destin de Lycaon, il est toutefois permis de brosser une autre interprétation selon laquelle le lycanthrope, loin d’être un pauvre monstre rejeté de tous, est au contraire un élu, un sorcier, un chaman initié par de noirs rituels.

En effet, on dit que Lycaon organisait tous les quatre ans des jeux nommés « Lykaia », à l’occasion desquels se tenaient des banquets cannibales. Les participants partageait la chair humaine qui leur était offerte, puis se transformaient en loups pour une durée de neuf ans. Ils revenaient ensuite à leur état naturel, à condition qu’ils se soient abstenus d’en consommer entre-temps.

Pline l’Ancien (23-79) raconte à ce propos que Demaenetus de Parrhasie fut « métamorphosé en loup après avoir goûté des entrailles d’un enfant immolé dans le sacrifice de victimes humaines que les Arcadiens faisaient encore dans ce temps à Jupiter lycée ». Comme il avait scrupuleusement respecté le tabou concernant l’interdiction de la chair humaine, Demaenetus reprit figure humaine au bout de neuf années, et participa aux jeux Olympiques, où ses facultés physiques acquises sous sa forme animale lui permirent d’exceller. Un autre hôte de Lycaon – mais peut-être s’agit-il du même –, nommé Damarchus, natif lui aussi de Parrhasie en Arcadie, et qui vécut autour de 40 av. J.-C., fut vainqueur à la boxe, après redevenu humain.

Ces différents récits, concordants dans les moindres détails, exposent les différentes phases de la métamorphose lycanthropique de telle façon que l’on a le sentiment d’assister, non à une malédiction ou une punition, mais à un véritable rituel d’initiation de nature chamanique. Tout d’abord, les futurs lycanthropes ne sont pas des individus isolés; ils appartiennent à une sorte de confrérie et se réunissent autour de banquets au cours desquels ils consomment de la chair humaine. Ils ne sont contraints par personne à ces repas cannibales, et y participent librement. Ils se transforment alors en loups, à moins que cette métamorphose n’intervienne après le franchissement symbolique d’une étendue d’eau, généralement un lac. Ils doivent alors survivre, sous la forme de loups, durant neuf années complètes. Mais le défi qu’ils doivent relever est de s’abstenir de consommer de cette chair humaine à laquelle ils ont sans doute pris goût lors du banquet. Ce n’est qu’à cette condition qu’ils peuvent, après avoir quitté leur défroque animale et franchi dans l’autre sens l’eau des transformations, revenir à leur condition première. Ils sont alors d’une nature plus élevée que celle des hommes ordinaires qu’ils étaient avant leur initiation. Du fauve qu’ils ont été durant neuf années, ils ont conservé la force physique, la souplesse, l’instinct. Mais ces qualités animales sont maîtrisées par la volonté humaine et la capacité d’ascèse, qui les ont empêchés de briser une seconde fois le tabou de l’ingestion de chair humaine. Ils deviennent alors des héros, des athlètes capables de remporter les différentes épreuves des jeux Olympiques.

Lychantropie : Légende du loup-garou Lychantropie : Légende du loup-garou

Dans les mythologies scandinaves, le loup-garou est désigné sous le terme vargulfr. Dans la Saga d’Egill, fils de Grimr le Chauve, le grand-père ulfr est surnommé est surnommé Kveld-ulfr, « le loup du soir », car il devient farouche à la tombée du soir.

Odin, le dieu suprême d’Asgard, apparaît toujours flanqué de deux loups gris, Geri, le « Glouton », et Freki, le « Vorace », incarnations de la puissance du dieu.

Dans la Saga des Wälsung, les héros Siegmund et son fils Sinfjötli, descendants de Wälse, ou Voelse, se métamorphosent en loups après avoir endossé la défroque de fauves qu’ils ont trouvé dans une grotte. Ils courent, se comportent comme des loups et se battent avec des êtres humains, répondant ainsi très exactement aux caractéristiques que l’on prête habituellement aux loups-garous.

Les Romains croyaient que ceux qui déclenchaient le courroux de la lune se métamorphosaient en loup.

Selon d’autres légendes, les nuits de nouvelle ou de pleine lune favorisent le phénomène de lycanthropie. Au XVè siècle, un concile de théologiens entérina cette croyance, également attestés par Marie de France qui, au début de son célèbre Lai du Bisclavret, racontant l’histoire d’un homme condamné à se changer en loup à certaines périodes, prend la peine de préciser que, dans les temps anciens, certains hommes avaient connu pareilles mésaventures.

Entre 1210 et 1214, l’auteur anglais Gervais de Tilbury écrit, dans ses Récréations d’Empereur: « Je sais seulement que chez nous il arrive journellement, dans le cours des destinées humaines, que certains, aux changements de lune, se transforment en loups. Nous savons en effet qu’en Auvergne, dans l’évêché de Clermont, le noble sire Pont de Capitoul avait dépouillé de ses biens Raimbaud de Pinet, un soldat très exercé au maniement des armes. Celui-ci, devenu errant et fugitif sur la terre , parcourait seul, comme une bête sauvage, les endroits écartés et boisés.

« Une nuit, troublé par une trop forte frayeur qui le fit délirer, et changer en loup, il fit subir à sa contrée de tels dommages que, de son fait, bon nombre de paysans abandonnèrent leurs demeures. Sous sa forme de loup, il dévorait les petits enfants, mais il déchirait aussi des adultes de ses morsures de bête. À la fin, un bûcheron l’atteignit grièvement d’un coup de hache qui lui enleva une patte; alors il reprit sa forme humaine. Puis il déclara en public que la perte de son pied lui faisait plaisir, en ce que, par cette amputation, il était délivré de sa détresse et de sa méchanceté, ainsi que de sa damnation.

« Ceux qui ont l’expérience de ces choses affirme en effet que l’ablation de membre délivre ces hommes-là de ces sortes de malheurs. » On dit aussi que la lune rousse favorise les crises de lycanthropie. Il faut également éviter d’exposer son visage aux rayons de la lune durant les nuits d’été du mercredi et du vendredi. Enfin, naître une nuit de pleine lune prédispose également à la lycanthropie.

Lychantropie : Légende du loup-garou Lychantropie : Légende du loup-garou

Les différentes légendes:

Babau

Le babau est un loup-garou qui sévit en Bourbonnais. En Wallonie, il est un croquemitaine à cheveux rouges. Les babaus prennent parfois l’apparence de poux qui tressent la chevelure des enfants pour en faire une corde et les entraîner vers la rivière où ils se noient.

Baragoha

La baragoha du Languedoc est une bête noire à la voix terrifiante qui saute la nuit sur le dos des promeneurs égarés dont elle se sert comme montures en leur plantant ses griffes dans le dos.

Barguest

La barguest est un garou vivant dans le nord de l’Angleterre et de la Cornouailles, qui prend l’apparence d’un grand chien noir pour hanter les campagnes du Lancashire, où on la surnomme padfoot (« pas feutré »), shriker (à cause de ses cris, nommés schrieks) ou trash (à cause de ses pas invisibles pataugeant dans l’eau). Ses yeux sont aussi grands que des soucoupes et ses pattes ne laissent aucune empreinte.

Berserkers

Les berserkers étaient une race de guerriers soumis au dieu Odin dont on trouve mention dans les sagas scandinaves à partir du IX-è siècle. En ancien scandinave, leur nom signifie « chemise d’ours », mais on les appelle aussi ulfhednar, « pelisse de loup ». Les Berserkers vikings portaient quant à eux des chemises en peau de loup et chargeaient l’ennemi en poussant de véritables hurlements. Ces guerriers sanguinaires, mi-hommes mi-bêtes, entraient au moment des combats dans la « fureur d’Odin » – en vieux norrois, Odin signifie justement « fureur » -, sorte de transe ou d’extase chamanique qui se manifestait par une force décuplée et une insensibilité au feu et à la douleur. Ils avaient pour compagnes les vargynfur, les « femmes-louves ». La mention la plus ancienne des Berserkers se trouve dans un poème composé en l’honneur du roi de Norvège Harald le Blond après sa victoire à Hafrsjord en 872. Dans l’Edda, Snorri Sturluson les présente ainsi: « Les hommes d’Odin allaient au combat sans cotte de mailles, enragés comme des chiens ou des loups, mordant leur boucliers, forts comme des ours ou des taureaux. Ils tuaient les gens, et ni le feu ni le fer n’avaient de prise sur eux. »

Bête du Gévaudan

En 1764, la bête du Gévaudan terrorisa l’actuelle Lozère. On la décrivit sous l’aspect d’un loup géant ou d’un loup-garou.

Bête Pharamine

La bête Pharamine est un monstre prenant l’apparence d’un chien monstreux ou d’un grand loup. Elle est très difficile à observer et surgit toujours de nuit, noyée dans les ténèbres des forêts ou les brouillards des marais. Elle signale sa présence par des bruits et des effleurements: avant même de la voir, on perçoit le souffle bestial qui s’échappe de sa gueule et la bruit mou et spongieux de ses pattes, tandis qu’on ressent le contact malsain de son corps velu. Elle possède plusieurs têtes aux yeux brillants comme des lampes et aux crocs acérés comme des poignards, et un pelage blanc comme neige qui lui fait ressembler à un fantôme. Celui qui cherche à lui donner des coups de bâton ne rencontrera que le vide. En Normandie, elle ressemble à un grand chien maigre, nommé « taranne », qui dévore les autres chiens. En Île-de-France, la bête Farrigaude est une sorte de grand loup. La bête de Brielles de Bretagne ou le biherou d’Ille-et-Vilaine se roulent dans les excréments des animaux dont ils veulent revêtir l’apparence. La bête de Brielles est annonciatrice de mort. Elle renverse les personnes qui se trouvent sur son passage, tue les jeunes gens qui acceptent de lutter avec elle et rôde près des fermes pour assister en cachette à l’agonie des paysans gravement malades. Il faut alors lui planter un couteau dans les deux yeux et faire couler trois gouttes de sang pour que le malade soit guéri dans l’instant. Dans le Berry, la bête Pharamine est nommée « Grand’Bête », « Bête Avette », ou « Bête Havette », dont Georges Sand dit qu’elle est « le plus souvent une chienne de la taille d’une génisse. Les enfants et les femmes, qui ont l’imagination vive, lui ont bien vu des cornes, des yeux de feu, et l’assemblage hétérogène des formes de divers animaux ». De couleur blanche, elle se métamorphose en chien, en blaireau, en lièvre ou en levrette pour se glisser dans les maisons ou dans les bergeries pour y égorger les moutons. Son souffle délétère a le pouvoir de rendre malade le bétail. Mais il suffit qu’on lui tire dessus ou qu’on la poursuive pour qu’elle s’évanouisse comme un fantôme. Paul Sébillot la décrit comme une « grande chienne blanche efflanquée » qui « rôde autour des bergeries, effraie ou disperse le gros bétail qui paît dans les herbages. On essaie souvent de la tuer avec des balles bénites de la Chandeleur, mais il semble qu’elles l’atteignent rarement. » En Bretagne, on l’appelle la levrette blanche. Elle « va glisser son museau pointu sous la porte des étables, et glace les animaux de terreur; son plaisir est surtout de jouer des tours aux bonnes gens qui reviennent des foires, de les renverser ou de se faufiler entre leurs jambes pour les porter pendant quelques mètres et les jeter ensuite sur des baies d’ajoncs. » Ils en ressortent les vêtements déchirés et la figure blême de peur.

Birettes

Les birettes sont des loups-garous femelles des bords de la Loire qui deviennent lycanthropes en concluant un pacte avec le diable qui leur donne une peau de loup, parfois de sanglier. Elles peuvent ainsi « courir la birette » toute la nuit, attaquer le bétail et effrayer les promeneurs nocturnes. Elles conservent également les cicatrices des blessures qui leur sont infligées sous leur forme animale en retrouvant leur forme humaine. Les filles aînées des birettes héritent du pacte diabolique de leurs mères, qu’elles le veuillent ou non, et sont condamnées à se changer en birettes à leur tour, puis à transmettre cette malédiction à leur descendance.

Bisclavret

Le bisclavret est le nom qu’on donne en Bretagne au loup-garou. On le dérive de Bleiz-garv (« loup méchant »). C’est également la titre d’un célèbre lai de Marie de France, composé au XII-è siècle, dans lequel un chevalier se métamorphose en loup trois jours par semaines après avoir dissimulé ses vêtements sous une pierre creuse. Devant l’insistance de son épouse qui s’inquiète de ses absences, il finit par lui révéler la malédiction qui pèse sur lui et lui indique l’endroit où il cache ses vêtements lors de sa métamorphose. L’épouse terrorisée demande à un baron qui lui fait la cour de voler les vêtements, empêchant ainsi son mari de recouvrer forme humaine. Le bisclavret, condamné à demeurer en permanence sous sa forme animale, est capturé à l’occasion d’une chasse au loups organisée par le roi. Mais ce dernier remarque le comportement humain de la bête, l’épargne et l’adopte comme animal familier. Un soir, l’épouse du bisclavret et le baron se trouvent à la cour du roi. Le bisclavret, habituellement placide et inoffensif, attaque soudain son rival et arrache le nez de la femme. Le roi, interloqué par cette agressivité soudaine, interroge cette dernière qui avoue son forfait et révèle l’endroit où sont cachés les vêtements. Le bisclavret retrouve enfin son apparence humaine, tandis que le baron et la femme infidèle sont bannis. Ils ne donneront naissance qu’à des enfants sans nez.

Galipote

La Galipote est une variété de loup-garou féminin qui se signale par le bruit de galop qu’elle fait en courant – d’où son nom. Sa vélocité proverbiale lui permet d’échapper à tous ses poursuivants. L’expression « courir la galipote » s’applique aux vieilles sorcières qui prennent cette apparence animale pour accomplir leurs forfaits. La galipote a en effet pour habitude de se percher sur les branches des arbres et de guetter les passants attardés. Elle leur saute alors sur le dos et les étrangle, à moins qu’elle ne s’agrippe à eux pour qu’ils lui servent de montures. Elle se fait alors de plus en plus lourde, jusqu’à ce que sa victime périsse étouffée sous son poids. Toute blessure faite à une galipote demeurera quand elle reprendra son apparence humaine.

Garache

La garache, dérivé féminin de « garou », est un loup-garou féminin que l’on trouve en Vendée et dans le Poitou. Sa métamorphose, qui a lieu la nuit, est associée à une pénitence, conséquence de quelque crime commis par la garache lorsqu’elle était sous sa forme humaine. On distingue les « garaches à sauter », qui sautent au-dessus des haies, des « garaches à percer », qui traversent les buissons épineux. Pour les chasser, il faut utiliser une arme chargée avec trois morceaux de pain bénit lors des trois messes de minuit. Lorsqu’elles sont blessées sous leur forme animale, les garaches redeviennent femmes, mais meurent aussitôt – contrairement aux loups-garous mâles qui conservent sous leur forme humaine les blessures et mutilations reçues sous leur animale, mais n’en meurent pas forcément.

Jé-Rouges

Le jé-rouge, « yeux rouges », est en Haïti un esprit mauvais qui possède le corps de ses victimes durant la nuit et les transforme malgré elles en loups-garous. Il trompe aussi les mères en les réveillant la nuit pour leur demander de lui donner volontairement leur enfant.

Lobison

Le lobison brésilien est le septième enfant d’une fratrie, condamné à devenir un loup-garou. Il se métamorphose en loup gris ou noir de la taille d’un petit cheval et chasse les animaux la nuit, mais pas les hommes. Il existe également au nord de l’Argentine où les septièmes enfants étaient parfois abandonnés, offerts à l’adoption ou tués, car leurs parents redoutaient qu’ils ne deviennent des lobison. Une loi argentine en 1920 mit fin à ces procédés inhumains en annonçant que tous les septièmes enfants des familles avaient pour parrain le président.

Loogaroo

Le loogaroo est un loup-garou lié aux croyances vaudoues des Caraïbes. Son existence est mentionnée dès le XVI-è siècle. Il a pris cette apparence à la suite d’un pacte avec le diable et quitte sa propre peau en l’abandonnant sous l’arbre du diable, ou arbre à coton, avant de chasser ses proies afin d’en offrir le sang au démon. Sa faiblesse consiste à être obligé de compter compulsivement les grains qu’il trouve sur le sol. Un excellent moyen de se préserver de ses attaques consiste à laisser un tas de grains de riz ou de lentilles sur le pas de sa porte en espérant que le soleil se lève avant qu’il ait fini de les compter. On peut également voler sa peau qui se trouve dans l’arbre afin qu’il ne puisse la retrouver à son retour.

Lubins et Lupins

Les lubins et les lupins sont des loups-garous charognards qui hantent les cimetières de centre de la France. Ils rongent les os des morts et exhalent de leur gueule une haleine putride. Ils se tiennent debout devant les murs des cimetières et parlent entre eux une langue étrange, inconnue des hommes. Lorsque des passants les croisent dans les saluer, ils se mettent à quatre pattes et leur dessus pour les dévorer. Comme les loups-garous traditionnels, les lubins ne peuvent être détruits qu’au moyen d’une balle bénite. Le lubin du Berry, moins dangereux, peut être éliminé simplement en le montrant du doigt.

Mélion

Le Lai de Mélion raconte comment un homme se métamorphosa en loup à la suite d’un sortilège lié à un anneau enchanté. Pour annuler l’enchantement, Mélion demande à sa femme de le toucher avec une pierre vermeille, mais celle-ci préfère partir en Irlande avec son amant et laisser son mari sous sa forme animale. Mélion sera libéré du sortilège grâce à l’intervention du roi Arthur.

Mourioche

Mourioche est un loup-garou qui vivait au XI-è siècle dans l’étang du château de Beauchène, en Langrolay. Il dévorait les enfants dont il croisait le chemin après la tombée de la nuit. Jehan, jeune seigneur de Beauchêne, se mesura au monstre et finit par le tuer.

Neures

L’historien grec Hérodote (484-425 av. J.-C) fait allusion à un tribu originaire du nord-est de la Scythie, au bord de la mer Noire, les Neures. Ces derniers avaient la facultés de se métamorphoser en loups quelques jours par an, en accomplissant des rituels magiques.µ « Les Neures observent les même usages que le Scythes[…] Il paraît que ces peuples sont des enchanteurs. En effet, s’il faut en croire les Scythes et les Grecs établis en Scythie, chaque Neure se change une fois par an en loup pour quelques jours, et reprend ensuite sa première forme. Les Scythes ont beau dire, ils ne me feront pas croire de pareils contes; ce n’est pas qu’ils ne les soutiennent, et même avec serment. »

Oborot

Oborot signifie « transformé » en russe. Pour le faire apparaître, il s’agit de repérer dans la forêt un arbre dont la cime se courbe vers le sol. Il faut ensuite enfoncer un petit couteau de cuivre dans son tronc et tourner autour en répétant des incantations. L’oborot jaillit alors de l’arbre sous forme de loup.

Pricolici

Le pricolici est un loup-garou originaire de Roumanie. La première mention d’un pricolici se trouve dans un manuscrit latin sur l’histoire de la Moldavie daté de 1716. Il s’agit des esprits morts qui reviennent à la vie pour hanter et terroriser les vivants sous l’apparence de loups et de chiens. Emil Petro Vici découvrit les légendes sur le pricolici durant ses voyages en Roumanie pendant les années 1930. Il écrit à ce sujet qu’un mort qui devient pricolici se nourrit du sang des membres de sa propre famille. Si on exhume le cadavre, on découvre qu’il a du sang sur les lèvres. Pour se protéger des attaques du pricolici, le malade doit boire de ce sang; ainsi il retrouvera la santé. Les enfants sevrés puis remis au sein deviennent des pricolici, et font subir mille tourments à leur mère.

Raimbaud d’Auvergne

Gervais de Tilbury, dans ses Otia imperialia (1212), raconte l’histoire de Raimbaud d’Auvergne, un ancien soldat devenu hors-la-loi. Déshérité par Ponce de Chapteuil, il se métamorphose en loup-garou et erre dans la forêt, s’attaquant aux enfants, dévorant les troupeaux et semant la terreur auprès des paysans jusqu’à ce qu’un bûcheron lui sectionne un pied à coups de hache. Cette mutilation eut pour effet de rompre le sortilège et de permettre à Raimbaud de retrouver sa forme humaine. Dans un autre récit, Gervais de Tilbury narre l’histoire non moins singulière de Calcefaria: « Il dépose ses vêtements sous un buisson ou un rocher secret, et quant il s’est longtemps roulé nu dans le sable, il revêt la forme et la voracité du loup. »

Ronjou

Le ronjou breton – rongeur d’os en français – est en chien monstrueux qui sévit la nuit en faisait entendre le craquement des os qu’il ronge, tout en agitant les chaînes qui l’entravent. Il s’agit du fantôme d’un condamné à mort qui vient expier sa faute sous cette forme monstrueuse. Pour rendre son apparence humaine à cet animal, il faut le frapper avec une clé et faire jaillir quelques gouttes de sang.

Rougarou

Le rougarou, présent dans les communautés francophones des Laurentides et de la Louisiane, est une créature à mi-chemin du loup-garou européen et du géant cannibale wendigo amérindien qui hante les marais d’Arcadie et de la Nouvelle-Orléans. Il s’agit d’un humain qui se transforme la nuit en homme à tête de loup. Sa malédiction ne se termine que lorsqu’il verse le sang d’une victime humaine.

Vârcolac

Le vârcolac est un lycanthrope originaire de Roumanie. En roumain, ce nom dérive de vukodlak formé de vuk, « loup », et de dlaka, « fourrure ». Au nord-ouest de la Bulgarie, il s’agit d’un démon loup qui dévore la lune et le soleil, causant ainsi les éclipses. Il se peut être également un sorcier ayant la capacité de se transformer en loup.

Vilkacis

Les vilkacis, littéralement « loups-garous aux yeux de loups », sont originaire de Lettonie et Lituanie. Ils ne s’attaquent qu’aux animaux, notamment aux troupeaux, mais jamais à l’homme. Ils se montrent parfois bienveillants et offrent des trésors. Pour se changer en vilkacis, il suffit d’attendre la pleine lune et de se placer sous un arbre dont la cime est courbée vers le sol en formant un arc de cercle, ou de revêtir une peau de loup et de prononcer une incantation. Les femmes se transforment en vilkatas, féminin de vilkacis, en se mettant nues et en cachant leurs vêtements dans un endroit secret. Si quelqu’un venait à leur voler leurs vêtements, elles ne pourraient redevenir humaines durant une période allant de un à neuf ans, et seraient obligées d’errer autour de leur maison en poussant des hurlements.

Vironsusi

Le vironsusi est un loup-garou mélancolique mais peu dangereux que l’on trouve en Finlande. Il doit son triste état à un sort qui lui a jeté une sorcière, et se dissimule dans les maisons et les fermes pour masquer sa honte. Il peut s’en prendre parfois au bétail pour assouvir sa fringale mais n’attaque jamais les êtres humains. La seule façon de libérer un vironsusi du sortilège qui pèse sur lui est de le reconnaître et de l’appeler par son prénom, ou bien de lui tendre un quignon de pain. Le vironsusi redevient alors humain, mais il conserve toujours toutefois sa queue de loup, et ce jusqu’à sa mort.

Voirloups

Les voirloups sont des lycanthropes possédés du diable qui se métamorphosent le nuit pour attaquer leurs victimes sous leur forme de fauves – généralement des loups, mais aussi des renards, des sangliers, des boucs, voire des chats. Ils voient très bien la nuit mais redoutent les premières lueurs du jour. Sous leur forme humaine, ils sont reconnaissables à la tâche rougeâtre qu’ils ont au bas de la colonne vertébrale, ou à la fourche à deux dents qui se dessine sur leur épaule gauche. De minuit à l’aube, les voirloups se déplacent dans la forêt sans faire aucun bruit. De plus, ils sont invulnérables, ce qui fait d’eux des adversaires particulièrement dangereux. Ils ne tuent pas leurs victimes mais leur sucent le sang, à la façon des vampires. Ils ont aussi la faculté d’allumer des incendies par la phosphorescence de leurs yeux. Le jour levé, leur peau de loup éclate et ils reprennent leur apparence humaine. Pour devenir un voirloup, il faut avoir commis les sept péchés capitaux et avoir été remarqué par le diable à cause de sa noirceur d’âme. Le Malin confie alors à ses protégés un onguent magique, l’amalgame, dont ils enduisent leurs membres inférieurs et qui leur permet, avec l’aide de quelques prières diaboliques, de se changer en loup ou en tout autre animal nuisible. La recette de cet onguent est connue: il faut mélanger de la semence humaine, du sang nuptial d’une vierge, de la graisse d’un porc tué le Vendredi Saint et de la bave du diable. Il est impossible de tuer les voirloups, mais on peut les blesser, bien qu’ils soient insensibles à la douleur et guérissent très vite. Cependant, ils conservent toujours des cicatrices des plaies qui leur sont infligées. Pour ne pas attirer les voirloups, il faut s’abstenir de parler d’eux ou de prononcer leur nom. D’ailleurs, les voirloups veillent eux-mêmes à la discrétion qui entoure leur existence en effaçant tout ce qui est écrit à leur sujet.

Vourdalak

En Russie, le vourdalak est un homme que le diable à transformé en loup avant de le renvoyer dans sa famille qui le reconnaît sous sa forme animale et prend soin de lui. Contrairement aux autres lycanthropes, il n’est pas méchant et ne s’en prend jamais aux hommes. Il va même jusqu’à leur lécher les mains en témoignage d’affection. Mais la malédiction qui pèse sur lui lui interdit de rester au même endroit et l’oblige à voyager de foyer en foyer et de village en village. Le vulkodlak ressemble beaucoup au vourdalak, mais il est associable et demeure à l’écart des humains.

Vulkodlak

Les vulkodlak sont des loups-garous originaires de Serbie dont la peau de loup est la marque de leur malédiction. Ils se réunissent chaque année, pendant les mois d’hiver, pour enlever leurs peaux et les accrocher dans les arbres jusqu’à ce qu’il puissent s’en libérer en la donnant à un autre homme qui devient vulkodlak à son tour.

Wulver

Le wulver est un loup-garou que l’on trouve dans les îles Shetland. Il a une tête de loup mais un corps d’homme recouvert d’une fine toison brune. Il n’est pas dangereux, à condition qu’on ne lui cherche pas de noise. Il n’est pas carnassier et son tempérament est plutôt pacifique, puisqu’il passe le plus clair de son temps à pêcher, assis sur un rocher. Généreux et bienveillant, il laisse le produit de sa pêche sur l’appui de fenêtre des familles pauvres.