Boudicca, la reine bretonne qui fit trembler l’empire romain

Boudicca last battle - Boudicca, la reine bretonne qui fit trembler l'empire romain

« C’est dans nos mœurs à nous Bretons, d’avoir des femmes pour chefs de guerre. Je suis la descendante d’une lignée d’hommes valeureux ! À présent je ne combats pas pour défendre mon royaume ou mes biens. Non, je me bats comme une personne ordinaire, pour ma liberté perdue, pour mon corps mortifié et mes filles souillées. Voyez combien d’entre vous se battent et pourquoi ! Alors vous vaincrez ou périrez car c’est ce que moi, femme, ai l’intention de faire ! Et que vivent en esclavage les hommes qui le veulent bien. « 

D’après l’historien Tacite (56-117),c’est par ces mots que la reine Boudicca harangua son peuple pour déchaîner la révolte bretonne contre l’envahisseur romain. Boudicca, aussi appelée Boadicea, était souveraine de la tribu iceni, un clan celte qui parvint à unir de nombreuses autres tribus dans sa rebellion contre les forces d’occupation de l’empire de Rome en 60/61 après J. C.. L’Histoire a gardé d’elle l’image d’une valeureuse reine guerrière qui combattit non seulement pour elle-même, mais aussi pour toutes les tribus celtes de Bretagne.

On ne sait pas grand chose de son enfance car les seules documentations la concernant nous viennent d’historiens romains, notamment Tacite et Cassius Dio (155-235). Généralement les historiens estiment les écrits de Tacite plus fiables que ceux de Cassius Dio car Tacite fut le gendre de Cnaeus Julius Agricola (40-93), futur gouverneur de Bretagne qui combattit sous les ordres de Suetonius Paulinus en tant que jeune soldat en 61. Cependant on pense que Boudicca était issue d’une famille aristocratique de l’ancienne ville de Camolodunum, Colchester de nos jours, qu’elle est née aux alentours de l’an 30 et que son nom vient de celui de la déesse celte de la victoire Boudiga. À l’adolescence, selon la tradition bretonne, elle fut envoyée dans une autre famille noble afin de s’imprégner des coutumes et de l’Histoire de son peuple ainsi que de parfaire son éducation en général et dans l’art de la guerre en particulier car les femmes celtes de l’antiquité jouissaient de libertés et de droits qui leur permettaient d’occuper des positions élevées dans la société civile et militaire.

C’est à la fin de l’adolescence de Boudicca, en 43, que Rome envahit la Bretagne et soumit la plupart des tribus. Les romains accordèrent cependant le droit à deux rois bretons de se maintenir en place pour gérer la province en tant que vassaux de Rome dans ce qui s’appelle des royaumes clients. L’un de ces rois assujettis à l’occupant s’appelait Prasutagus. Boudicca allait l’épouser à l’âge de dix-huit ans. Deux filles seront les fruits de cette union, Isolda et Siora.

Mais les temps étaient durs pour les bretons ; les colons romains venaient s’établir en nombre sur l’île, la présence militaire était oppressante et la religion ainsi que la culture celte menaçaient d’être submergées par celles de l’occupant. Sans oublier les impôts levés par les romains qui exerçaient une lourde pression économique.

En 60 la vie de Boudicca prit un tour dramatique avec la mort de son mari. Prasutagus, souverain breton mais aussi allié forcé de Rome, léguait son royaume à ses filles et à l’empereur. Il avait volontairement omis son épouse car il connaissait l’animosité de celle-ci à l’égard de Rome et des romains. Mais dans l’optique romaine seul un homme était autorisé à règner et, dans la mesure où la descendance de Prasutagus ne comportait aucun mâle, son royaume fut annexé et considéré comme conquis. Tacite écrit : « Tous les bâtiments du royaume furent pillés en tant que prises de guerre… Les terres des nobles icenis furent saisies et données à des romains. Les membres de la famille du roi furent traités comme des esclaves. » Les romains confisquèrent les terres et les biens de Prasutagus, mirent les représentants de la noblesse en esclavage, fouettèrent publiquement Boudicca et violèrent ses deux filles. La brutalité romaine déchaîna la rage de Boudicca qui cria vengeance en ces mots, toujours d’après Tacite : « Rien n’est à l’abri de la brutalité et de l’arrogance romaine. Ils défigurent le sacré et déflorent nos vierges. Vaincre ou périr c’est ce que moi, femme, je ferai. »

Boudicca entama alors une campagne en vue de convaincre les bretons de se soulever contre Rome et de montrer à l’occupant que l’enfer n’est rien comparé à une femme en colère. Les romains étaient déjà à l’ouest de la Bretagne et au nord du Pays de Galles à combattre les druides qui poussaient la population à la révolte. Boudicca rencontra les chefs de plusieurs tribus dont les Trinovanti, les Cornovii et les Durotiges, qui eux aussi nourrissaient de la rancœur à l’égard des romains ; impôts écrasant, subventions qui étaient devenues des prêts, confiscations de terres ou interdiction de pratiques religieuses… Ils ne furent pas difficiles à convaincre de se révolter et de chasser les romains. Boudicca fut désignée comme chef. Tacite la décrivit ainsi exhortant ses troupes au combat : « Elle se présentait non pas comme une reine voulant récupérer son royaume, mais comme une mère qui réclamait vengeance pour sa liberté perdue, son corps et son âme blessés et pour la souillure qui avait sali ses filles. C’était une personne ordinaire qui livrait un combat juste avec les dieux à ses côtés. »

L’historien Cassius Dio raconte que Boudicca pratiquait une forme de divination en lâchant un lièvre qu’elle sortait de sous sa robe et faisait des prédictions en interprétant la direction de la course de l’animal. Elle invoquait également Andraste, une déesse bretonne de la victoire. Cassius Dio la décrit aussi telle qu’elle se présentait à ses partisans : « C’était une femme de haute stature et d’une apparence terrifiante, au regard ardent et à la voix âpre. Une grande masse de cheveux roux tombait jusqu’à ses hanches, autour de son cou scintillait un large pectoral d’or et elle portait une tunique de diverses couleurs sous une lourde cape fixée par une fibule. »

On estime que Boudicca réussit à rassembler une armée de cent mille guerriers. Sa première cible fut Camulodunum où vivaient des soldats romains à la retraite et site d’un temple dédié à l’empereur Claude. Ce temple ajoutait l’injure à la blessure de l’occupation car il célèbrait celui-là même qui était la cause du malheur breton. De plus la ville de Camulodunum ne fut pas choisie comme premier objectif par hasard, mais parce qu’elle symbolisait la quintessence même de la férule romaine sur la Bretagne. Les terres alentour avaient été confisquées aux trinovanti pour servir de lieu de résidence paisible et confortable aux vétérans de la légion. Autour du temple dédié à Claude la ville avait été entièrement rebâtie dans une architecture de style romain. Du coup les trinovanti avaient été parmi les premiers à rejoindre la rebellion, avides de vengeance. Les Iceni et leurs alliés rasèrent la ville, réduisant les maisons en ruines, détruisant les statues, profanant les tombes et incendiant tout ce qui était romain. Ils ne firent pas de prisonniers, il n’y eut aucun survivant. Camulodunum n’était absolument pas préparé à cet assaut de plusieurs dizaines de milliers de bretons ivres de rage. Lorsque les habitants se rendirent compte qu’un raz de marée de haine et de colère était sur le point de déferler sur eux, ils envoyèrent des messagers à Londinium (aujourd’hui Londres) pour demander de l’aide mais il était trop tard. Les bretons se répandirent dans la ville semant la mort et la destruction sur leur passage ; les rues étaient devenues des rivières de sang, la vengeance bretonne fut sauvage, sanglante et sans merci. Les romains qui ne moururent pas lors des combats furent victimes des pires atrocités, pendus, empalés, mutilés, écorchés vifs… Camulodunum ne fut pas une bataille, ce fut un massacre, une boucherie où, selon les estimations des historiens, soixante-dix mille personnes perdirent la vie.

En apprenant cette révolte, le gouverneur Caius Suetonius Paulinus se réfugia à Londinium, l’objectif suivant des bretons. Les romains, réalisant qu’ils n’étaient pas en nombre suffisant pour défendre la ville, l’évacuèrent. Les guerriers de Boudicca la détruisent entièrement et massacrèrent tous ceux qui n’avaient pas eu le bon sens de s’enfuir. Encore une fois il n’y eu pas un seul survivant. La troisième et dernière victoire de Boudicca eut lieu à Verulamium (aujourd’hui St Albans), qui fut à son tour complètement détruite. On estime entre quatre-vingt mille et cent-mille le nombre de citoyens romains tués par les bretons lors de ces trois affrontements.

La situation était si grave que l’empereur Néron pensa retirer toutes ses troupes de Bretagne. Boudicca, quant à elle, pensait que la destruction de trois villes clef suffirait à libérer la Bretagne de l’occupation romaine. Mais elle se trompait lourdement…

Après la défaite de Verulamium, Suetonius regroupa rapidement ses forces à l’ouest des Midlands. Les troupes de Boudicca, quant à elles, commençaient à s’affaiblir par manque de nourriture car, en raison des combats, les bretons avaient été obligés d’abandonner leurs récoltes espérant se ravitailler dans les réserves romaines. Mais, en fin stratège, Suetonius les avait toutes fait détruire par le feu.

Il y eut donc une ultime bataille dont la localisation exacte est incertaine mais que les historiens situent quelque part sur la voie romaine qui s’appelle de nos jours Watling Street, située dans la partie ouest des Midlands. Les bretons, très largement supérieurs en nombre, s’y retrouvèrent face aux romains et ce qui aurait dû être une victoire écrasante tourna au désastre. Les romains qui, grâce une nouvelle fois à la clairvoyance tactique de Suetonius, s’étaient positionnés au sommet d’une colline, avaient l’avantage du terrain et attendaient fermement la charge des guerriers épuisés et affamés de Boudicca. De plus, la difficulté de manœuvrabilité des troupes bretonnes, causée par le manque d’organisation tactique et l’étroitesse de la pente sur laquelle elles évoluaient, les désavantagea face à des romains supérieurement équipés et surtout très disciplinés. Les bretons n’eurent d’autre choix que de battre en retraite. Malheureusement pour eux, ils étaient tellement certains de leur victoire qu’ils avaient amené leurs familles assister aux combats sur de lourds chariots placés tout autour du champ de bataille qui s’en retrouvait clôturé. Les chariots et les animaux de trait entravèrent la route des fuyards et la retraite devint une bousculade indescriptible dont les romains profitèrent pour tailler en pièces les guerriers de Boudicca et leurs familles. Bien que l’exactitude des chiffres soit sujette à débat, on estime que quatre-vingt mille bretons, hommes, femmes et enfants, perdirent la vie dans ce carnage contre seulement quatre-cents romains.

En représailles les romains exécutèrent ou mirent en esclavage les Iceni et leurs alliés, confisquèrent leurs terres et renforcèrent leur présence militaire en Bretagne. La révolte était matée.

Nul ne sait ce qu’il advint de Boudicca, certains, comme Cassius Dio, émirent l’hypothèse qu’elle et ses filles s’étaient réfugiées dans un lieu secret où elles s’étaient donné la mort par poison et que Boudicca avait eu droit à des funérailles dignes de son rang. Quoi qu’il en soit, Boudicca et ses filles échappèrent à un sort pire que la mort car si elles avaient été capturées vivantes, les romains les auraient emmenées à Rome et exhibées comme des trophées de guerre avant de les torturer et d’exposer leurs cadavres devant une foule enthousiaste.

L’histoire de Boudicca tomba dans l’oubli jusqu’à la redécouverte des Annales de Tacite en 1360,mais c’est sous l’ère victorienne que sa renommée prit une dimension légendaire. Tennyson écrivit un poème à sa gloire, « Boadicea », et de nombreux vaisseaux de la marine britannique portèrent son nom. Boudicca est devenue un important symbole culturel pour le Royaume Uni et depuis 1905 on peut voir une statue d’elle près du pont de Westminster à Londres, la ville même qu’elle détruisit dans sa quête de liberté.

Groucho

Sources : www.ancient-origins.net www.historicuk.com www.ancient.eu